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Stérilisations forcées des femmes roms en Tchécoslovaquie : un crime eugénique passé sous silence

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01 octobre 2015 – Le Premier ministre tchèque Bohuslav Sobotka (CSSD) a annoncé sans donner de détails que la proposition de dédommagement pour les victimes de stérilisations forcées entre 1970 et 2009 (date de la dernière stérilisation recensée) a été rejetée par le gouvernement. Le rejet de cette proposition par le Premier ministre tchèque n’est que la dernière preuve que la population Rom continue d’essuyer des discriminations graves et impunies en Europe.

La stérilisation des femmes Roms existe depuis le début du 20ème siècle dans des pays tels que la Norvège et a été prolongée pendant la Seconde Guerre Mondiale dans des pays tels que l’Allemagne, l’Autriche, la Roumanie et la Slovaquie. Après la Seconde Guerre Mondiale la stérilisation des femmes roms a été particulièrement pratiquée en Europe de l’Est. La majorité des cas de stérilisations non consenties ont eu lieu en ex-Tchécoslovaquie avant la chute de l’empire soviétique en 1990. Bien que cette politique ait été officiellement abolie après 1990, certains médecins continuèrent le programme sous leur propre chef.

Le nombre total de femmes victimes de ces pratiques médicales est très difficile à estimer car seulement un millier d’entre elles ont pu porter plainte grâce à l’aide d’organisations non-gouvernementales. Le médiateur de la République Tchèque estime cependant que plusieurs milliers de femmes seraient concernées.

Toute la difficulté du processus d’incrimination réside dans le fait que les médecins aient réussi à extorquer des signatures de contrats aux femmes sur le point d’accoucher en leur expliquant que la stérilisation était nécessaire à leur survie présente ou future. Étant donné que ces femmes ne comprenaient pas toujours le tchèque, elles ont signé le papier qu’on leur tendait dans l’épuisement et la douleur, sans avoir compris ce qui en dépendait. Des filles aussi jeunes que 19 ans ont été stérilisées sans leur consentement éclairé suite à la naissance de leur premier enfant.

En parallèle des opérations non consenties à la suite d’accouchements ou d’avortements, de nombreuses femmes ont été payées sous formes d’allocations familiales ou menacées par exemple qu’on les expulse, ou qu’on confie leurs enfants aux services sociaux, en échange d’une stérilisation.

Les conséquences négatives sur ces femmes sont multiples : peur, honte et  perte du sentiment de féminité. S’en suivent des discriminations au sein même de leur communauté car dès leur secret dévoilé, celles-ci ont été souvent abandonnées par leurs époux et marginalisées.

La Cour Européenne des Droits de l’Homme (CEDH) a condamné la République Tchèque dans plusieurs arrêts pour violation de l’article 3 de la Convention Européenne des Droits de l’Homme interdisant la torture et les traitements inhumains et dégradants. Le premier ministre tchèque a formulé des excuses en 2009 à la suite du dépôt des premières plaintes en 2004. Malgré la mobilisation de la population Rom et de certaines organisations, à ce jour aucun médecin ni aucun hôpital n’a été sanctionné pénalement. Seulement deux femmes ont obtenu compensation en Slovaquie en 2011 et en République Tchèque en 2007.

Malgré les critiques de la communauté internationale, cette grave violation des droits de l’Homme a été brusquement passée sous silence. Le refus du gouvernement tchèque d’accorder une compensation financière aux victimes de stérilisations involontaires prouve qu’un long chemin reste encore à parcourir avant que les droits des Roms soient entièrement respectés en Europe.

 

Sources :

Rapport de l’AEDH, 2012 : « Les Roms en Europe au 21ème siècle : violences, exclusions, précarité », téléchargeable en FR 

Rapport de la CEDH sur l’affaire V.C c Slovaquie, arrêt en ENG

Article de Libération, "En Slovaquie, le scandale de la stérilisation forcée des Roms", 14 décembre 2012

Article de Romea, "Czech Government rejects bill to compensate victims of illegal sterilizations", 1 octobre 2015 en ENG

Article de Romea, "Czech Republic: Victims of illegal sterilizations could receive CZK 300 000 in compensation", 10 avril 2015 en ENG