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Rendre obligatoire le Nutri-Score pour faire respecter les droits des consommateurs

Open Food Facts. Vous ne connaissez peut-être pas mais, parce qu’elle aide les consommateurs à être mieux avertis de la qualité nutritionnelle des produits qu’ils achètent, cette application rencontre actuellement un grand succès. Véritable Wikipédia de l’alimentation Open Food Facts permet en effet à l’utilisateur de connaître le Nutri-Score de n’importe quel produit dont il scanne le code-barre, lui permettant ainsi d’adopter des pratiques de consommation plus respectueuses de sa santé.

Le Nutri-Score qu’est-ce que c’est ?

Le Nutri-Score est en effet un outil qui permet d’évaluer la qualité nutritionnelle de n’importe quel produit. Conçu par l’équipe de recherche en épidémiologie nutritionnelle (EREN), une équipe de chercheurs académiques indépendants travaillant pour l’Inserm, l’Inra, le CNAM et l’Université Paris 13, cet indicateur a reçu tous ses brevets de scientificité : plus de 35 travaux publiés dans des revues scientifiques internationales ont permis de valider son mode de calcul et son format, démontrant ainsi son efficacité et sa supériorité par rapport aux autres logos existants.

Attribuant à chaque produit alimentaire un score unique, en fonction de sa composition nutritionnelle en éléments négatifs (calories, sucres simples, acides gras saturés et sodium) et positifs (fibres, pourcentage de fruits et légumes et protéines), l’algorithme sous-tendant le Nutri-Score permet par la suite de ranger l’aliment dans une des 5 classes de qualité nutritionnelle définie par les chercheurs.

Identifiable au premier regard les logos ainsi obtenus sont destinés à être apposés sur la face avant des emballages des aliments pour permettre au consommateur d’être immédiatement averti de la qualité du produit qu’il s’apprête à acheter.

Ainsi pensé le Nutri-Score répond à un double-objectif. Le premier est évidemment de permettre aux consommateurs d’obtenir les informations nécessaires à l’adoption de pratiques de consommation responsables vis-à-vis de leur santé. Grâce aux Nutri-Score ceux-ci peuvent en effet comparer différents produits aux premiers abords identiques et acheter, dans la mesure où le portefeuille le permet, celui dont la qualité nutritionnelle est la meilleure, ou la moins pire. Dès lors on entend poindre les premières critiques : les consommateurs ont-ils vraiment besoin d’un indicateur pour savoir que consommer des sodas ou autres barres énergétiques est mauvais pour la santé ? Ce raisonnement caricatural oublie au premier abord que le Nutri-Score n’est pas destiné à être appliqué qu’à ce type de produits mais bien à tous les produits alimentaires. De plus, c’est négliger le second objectif du Nutri-Score qui est de pousser les fabricants à améliorer la qualité nutritionnelle de leurs aliments afin de pouvoir afficher des Nutri-Score moins dissuasifs pour le consommateur.

Le Nutri-Score apparaît dès lors comme un outil pertinent pour améliorer le droit du consommateur d’accéder à des informations précises sur les produits qu’il consomme et comme un instrument efficace pour rendre plus effectif encore le droit de tous à vivre en bonne santé. Dans ce contexte comment expliquer qu’une application comme Open Food Facts soit nécessaire pour connaître le Nutri-Score des différents produits de nos hypermarchés ?

Une forte opposition des gros industriels

Adopté en France en 2017, en Espagne en 2018 ou encore en Belgique en 2019, le Nutri-Score n’est nulle part obligatoire et son affichage sur l’emballage des produits reste à la discrétion des industriels. À ce jour sur les 10 plus grandes multinationales de l’agroalimentaire, qui à elles seules détiennent plus de 500 marques, 8 refusent de se servir du Nutri-Score. Cela n’a en réalité rien de surprenant sachant que ces différentes marques possèdent des produits particulièrement sucrés, gras, ou salés, c’est-à-dire des produits pour lesquels le Nutri-Score serait mauvais et pourrait ainsi dissuader le consommateur. En d’autres termes ces grandes entreprises préfèrent faire passer leurs profits devant notre santé.

Mais sentant les demandes des consommateurs à être mieux informés se faire plus pressantes, ces grands groupes ne sont pas restés sourds et ont proposé d’autres systèmes de notation. L’histoire du logo Evolved Nutrition Label (suspendu depuis 2018) est à cet égard emblématique. Inspiré des feux tricolores anglais, le code couleur proposé informait les consommateurs sur les teneurs en nutriment, en gras, en sucre ou en sel des produits consommés. Cependant, contrairement au Nutri-Score, ce logo présentait les teneurs par portion et non pour 100g. Or la taille des portions considérées étant déterminée par les industriels il leur était ainsi facile de faire apparaître des résultats positifs alors même que les produits étaient classés « E » par le Nutri-Score. De telles alternatives n’avaient dès lors pour but que de duper les consommateurs et de protéger les industries des changements profonds qui apparaissent dans la société.

Il est par ailleurs extrêmement curieux de voir l’ensemble de ses multinationales apôtres d’une dérégulation qui permettrait, selon elles, au marché d’allouer parfaitement les ressources disponibles, s’opposer ici à la transparence alors même que celle-ci fait partie des 5 conditions cardinales avancées par tous les économistes libéraux pour caractériser un marché de concurrence pure et parfaite. À croire en définitive qu’il n’y a d’idéologie que là où cela sert leurs intérêts…

Une initiative citoyenne européenne pour changer les choses ?

Parce qu’il permet aux consommateurs d’être mieux informés et ainsi de protéger la santé de tous, l’affichage du Nutri-Score doit devenir obligatoire sur tous les aliments en Europe. Pour l’heure c’est le règlement INCO qui régit l’information des consommateurs au sein de l’Union Européenne. Celui-ci a rendu obligatoire un étiquetage qui se matérialise sous la forme d’un tableau des valeurs nutritionnelles au dos des emballages. Mais par expérience nous savons tous combien la complexité de sa présentation rend impossible sa lecture et sa compréhension par le consommateur c’est pourquoi le Nutri-Score serait, là aussi, un outil complémentaire pertinent. Cependant l’INCO interdit aujourd’hui aux États européens de rendre obligatoire un système d’information nutritionnel complémentaire sur la face des emballages.

Dans ce contexte, afin de pousser la Commission européenne à réviser le règlement INCO et à rendre obligatoire, et exclusive, l’utilisation du NutriScore, 7 associations de consommateurs ont lancé une initiative citoyenne européenne pour demander à ce que le Nutriscore devienne obligatoire.

Pour rappel une initiative citoyenne européenne permet à un million de citoyens européens, en provenance d’un quart des Etats membres de l’UE, d’inviter la Commission européenne à faire une proposition sur un sujet qui relève de sa compétence et qui porte sur une question pour laquelle les signataires estiment qu’un acte juridique de l’Union est nécessaire aux fins de l’application des traités. Il convient de rappeler que malheureusement une telle initiative n’a pas de force contraignante. Toutefois l’aboutissement de la procédure pétitionnaire serait déjà un signe fort de mobilisation envoyé aux grandes multinationales de l’agroalimentaire.

Parce que le Nutri-score permet de simplifier la lecture et la compréhension de l’étiquetage nutritionnel et d’agir ainsi sur les problématiques de santé publique, l’AEDH soutient l’initiative citoyenne européenne lancée le 8 mai dernier et appelle l’ensemble des citoyens qui tiennent au respect des droits des consommateurs européens à la signer et à la faire signer. Plus que jamais rappelons que notre santé vaut bien plus que leurs profits !

 

Article réalisé à partir de : https://theconversation.com/etiquetage-des-aliments-pour-etre-efficace-le-nutriscore-doit-devenir-obligatoire-119611

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