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Push-back, violence, souffrances, … la FRA dresse un tableau sinistre de la situation de milliers de migrants en Europe

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Bruxelles, 30 mai 2018

Depuis 2015, l’Agence des droits fondamentaux (FRA) recueille des informations sur la situation des migrants dans 14 pays de l’Union européenne[1]. De mois en mois, le ton n’évolue guère vers l’optimisme !

Sous le titre générique « tensions aux frontières et souffrances des migrants » le rapport de mai 2018 pointe notamment le fait que, dans plusieurs États membres de l’UE (France, Croatie, Espagne, Hongrie, Pologne et Grèce), nombre de migrants sont renvoyés sans avoir eu la possibilité de déposer une demande de protection internationale. Selon une ONG locale, en Croatie, les opérations de push-back vers la Serbie et la Bosnie-Herzégovine sont quotidiennes, souvent violentes et concernent aussi des enfants. En Hongrie, c’est la police elle-même qui reconnait pratiquer des expulsions musclées de personnes en situation irrégulière ou qui empêche leur entrée sur le territoire (260 personnes en mars-avril, donc un peu moins qu’au début de l’année).

Quant aux migrants qui sont déjà présents dans l’UE, des problèmes récurrents subsistent, notamment sur les conditions matérielles d’accueil, en raison du surpeuplement des centres existants ou de leur insuffisance numérique, mais aussi sur la multiplication des cas de placement en détention.

En Grèce, en dépit du projet législatif de transposition de « la directive accueil » de 2013, aucun progrès ne paraît avoir été réalisé : les centres d’accueil et d’identification sur les îles de la mer Égée comptent toujours deux fois plus de personnes que de places (12 588 personnes pour 6 338 places). À Evros, à la frontière terrestre avec la Turquie où près de 3 000 personnes sont arrivées lors du mois d’avril, le centre d’accueil ne disposant que de 240 places, des centaines de personnes – dont de nombreux enfants – ont été placées dans des centres de détention de la police locale. Dans le même temps, selon les données du siège central de la police hellénique, 8 230 personnes étaient placées en détention dans ce pays fin mai, dont 2 701 demandeurs d’asile[2].

En Espagne, des ONG alertent sur le fait que le système d’accueil est sur le point de s’effondrer, notamment à Madrid, Barcelone et Bilbao, où de nombreuses personnes vivent dans la rue ou dans des refuges pour sans-abri. En France, malgré les déclarations du ministre de l’Intérieur, plusieurs milliers de migrants sont sans-abri, à Paris notamment.

L’Agence s’alarme, particulièrement, de la situation des femmes et des enfants. Elle cite une étude qui a révélé que 95% des femmes arrivant en Italie avaient subi des violences sexuelles au cours de leur voyage, dont 17% dans plus d’un pays. En Hongrie, la traite des êtres humains semble augmenter. La FRA souligne que la capacité des autorités à détecter les victimes potentielles de la traite parmi les demandeurs d’asile dans les zones de transit semble s’être détériorée au cours des trois dernières années, selon un rapport du Conseil de l’Europe ; les enfants âgés de 14 à 18 ans dans des établissements fermés sont particulièrement vulnérables.

L’Agence attire aussi l’attention sur le fait que le soutien aux enfants non accompagnés est toujours très insuffisant. C’est particulièrement le cas en Bulgarie, en Grèce, en Italie et en Espagne où même si globalement le nombre d’enfants arrivant a diminué de 70% depuis 2016 (33 000 cette année-là), nombre d’entre eux vivent dans des conditions inhumaines sans accès à l’eau potable et aux installations sanitaires, dans des conditions de négligence extrême particulièrement en Italie ou dans les rues en Espagne.

Dans ce contexte, il est bienvenu que la FRA mentionne, au titre des actions menées par les citoyens européens et les ONG, l’initiative citoyenne à laquelle participe l’AEDH : ‘We are a welcoming Europe, let us help!

[1] Autriche, Bulgarie, Croatie, Danemark, Finlande, France, Allemagne, Grèce, Hongrie, Italie, Pays-Bas, Pologne, Espagne et Suède

[2] Voir le communiqué publié par le Conseil de l’Europe, suite à sa visite dans la région du 10 au 19 avril 2018 : « Council of Europe anti-torture Committee publishes preliminary observations after its visit to immigration detention and psychiatric establishments in Greece » ; Strasbourg, 1 june 2018  – https://www.coe.int/sk/web/cpt/-/council-of-europe-anti-torture-committee-publishes-preliminary-observations-after-its-visit-to-immigration-detention-and-psychiatric-establishments-1

et le rapport d’observations préliminaires : https://rm.coe.int/16808afaf6

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