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Priorités de la Présidence bulgare : le social, grand absent du programme…

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« L’Union fait la force ». Voici le leitmotiv de la Bulgarie qui vient d’accéder à la Présidence tournante du Conseil de l’UE. En préambule, espérons que la volonté d’unité affichée par la Bulgarie permettra de résoudre les dissonances au sein du Conseil sur des sujets d’importance tel que l’Europe sociale, les migrants ou encore la violation de l’Etat de droit en Pologne et en Hongrie qui divise les pays européens.

Il s’agit surtout d’une occasion pour ce pays qui préside le Conseil de l’UE pour la première fois depuis son accession d’impulser une nouvelle dynamique à cette fin de législature européenne qui s’achèvera  mi-2019 avec de nouvelles élections. Toutefois, à la lecture du programme, il n’y a rien de véritablement nouveau. Si l’on regarde le programme détaillé de ses priorités, la Bulgarie va suivre l’agenda européen fixé depuis de longues années. Croissance, discipline budgétaire, sécurité ou encore gestion de ce qu’ils appellent la ‘crise’ migratoire.  Une fois encore le « social » est le grand absent, une déception alors même que le Socle européen des droits sociaux a été adopté il y a deux mois à peine …

En observant le programme bulgare à la loupe, premier constat. A chaque fois que l’énoncé des priorités est effectué, les premiers termes arrivant sont ‘géopolitique’, ‘migration’ et ‘sécurité’. Il ne s’agit pas de dire que l’agenda bulgare pour la Présidence tournante sera essentiellement sécuritaire. Mais en politique plus qu’ailleurs, les mots, les phrases ont un sens, et placer ces termes en tête d’énoncé revêt une symbolique qui caractérise sans doute la vision bulgare de l’Europe.

Cela revêt une certaine logique puisque le pays devant gérer l’une des frontières extérieures de l’UE est en première ligne. Aux portes des Balkans et de la Turquie, le pays est à lui seul un grand sas d’entrée pour les personnes voulant rejoindre l’Europe en provenance du Machrek, du Maghreb, de la Corne de l’Afrique ou encore de l’Afrique de l’Ouest. Il ne s’agit pas d’analyser la politique migratoire de la Bulgarie, mais de constater qu’en raison de sa situation géographique, le pays est de fait fortement concerné par les flux migratoires en Europe.

Sa situation géographique explique également sa volonté de faire avancer le processus d’intégration des pays des Balkans à l’Union européenne. Toutefois, difficile de savoir quelles seront les avancées réelles sur ce sujet tellement la problématique est complexe, non seulement du fait des défis auxquels les pays candidats doivent encore répondre, y compris du point de vue des droits fondamentaux, mais également du fait des problèmes internes qui secouent l’Union européenne.

Economiquement, la Bulgarie va poursuivre l’agenda fixé depuis déjà quelques années. Au menu, discipline budgétaire, croissance durable et développement du digital. Voilà quels seront les moteurs économiques de la présidence bulgare. Dans le cas du développement du digital, notons que la Bulgarie va poursuivre le travail entrepris par la présidence estionienne sur les questions digitales.

Autre point d’importance de son agenda, la Bulgarie veut pousser les initiatives en faveur des jeunes. Il s’agit là aussi d’un objectif qui reste prioritaire au vue des chiffres toujours inquiétant du chômage des jeunes sur le vieux continent. Espérons que la Bulgarie sera acteur d’un levé de soleil plus que désiré pour les jeunes européens.

L’AEDH regrette que les questions sociales ne soient que peu évoquées alors même que le Socle européen des droits sociaux avait été porteur d’espoir avec la signature interinstitutionnelle à Göteborg. Seule la politique de cohésion semble retenir l’attention de la Bulgarie. Effectivement, avec le Brexit et les nouvelles priorités de la Commission que sont la défense et la sécurité, l’avenir de la politique de cohésion dans le cadre des négociations autour du cadre financier pluriannuel post-2020 est loin d’être certain. Toutefois, à lui seul, cet instrument ne peut résoudre les problèmes sociaux et les inégalités minant les sociétés et les relations entre pays sur long terme, ni opérer le rapprochement tant désiré par l’Union entre elle-même et ses citoyens. Les droits sociaux ont ce potentiel pour autant qu’on leur en donne les moyens et qu’on ne se satisfasse pas d’une simple déclaration.

Sur la méthode, il ne semble pas que la Bulgarie soit encore ici, novatrice. En disant qu’elle cherche à obtenir un équilibre entre les intérêts des Etats membres et de l’Union européenne, le moment soit propice à plus de communautaire. Pourtant cette méthode semble la plus adéquate afin d’avancer sur de nombreux sujets.

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