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Pride 23e édition – Bruxelles, un exemple en Europe au niveau des droits LGBTI.

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Bruxelles, 21 mai 2018

Samedi 19 mai 2018, les rues de Bruxelles sont en fête aux couleursde l’arc-en-ciel, pour fêter la communauté LGBTI (lesbiennes, gays, bisexuels, transgenres et intersexués). Plus de 100.000 personnes se sont donc rassemblées pour célébrer la diversité et la liberté d’expression, dans un monde dans lequel l’orientation sexuelle ou l’expression de son identité sexuelle peut être le sujet de discrimination, haine ou violence. La Belgique, considérée très libérale au niveau de sa législation à l’égard de la communauté LGBTI(elle autorise le mariage entre personnes de même sexe depuis 2003 et l’adoption pour les couples homosexuels depuis 2006), atteint fièrement la deuxième place de l’Index Rainbow[1], une évaluation des droits LGBTI à l’échelle européenne. Cette avancée estdue notamment à :

  • Une nouvelle loi, passée en 2017 qui assouplit la procédure administrative pour changer de sexe, qui nécessitait auparavant la stérilisation obligatoire et un lourd diagnostique médicale. Cette nouvelle autodétermination de genre peut maintenant être effectuée par une simple déclaration devant l’officier de l’état-civil[2].
  • La Belgique reste l’une des destinations les plus prisées pour l’accès aux FIV (fécondation in vitro) pour les lesbiennes. La législation belge permet le choix du don de sperme anonyme ou identifié et n’impose aucune condition de vie en couple pour une
  • Hanne Gaby Odiele, mannequin belge, a dévoilé l’an dernier être née intersexuée. Elle est devenue une figure emblématique et promeut la protection et l’autonomie des personnes intersexuées. « Je veux éveiller les consciences et mettre en lumière les opérations irréversibles et non nécessaires qu’on doit supporter étant enfant ».[3]

Le score de la Belgique est tout de même en baisse depuis 2016 (82% pour 78.76 en 2018).Cela est dû notamment à :

  • Un manque dans la constitution belge au niveau de la reconnaissance des genres et de l’orientation sexuelle.[4]
  • Une loi discriminative à l’égard des homosexuels, autorisés à faire un don de sang uniquement à la condition d’une abstinence de minimum 12 mois, une législative qui vise tout le groupe homosexuel et non un comportement à risque, et donc jugée non-équitable par la fédération Arc-en-ciel Wallonie.
  • UNIA, le centre interfédéral pour l’égalité des chances, pointe un nombre croissant de discriminations basées sur l’orientation sexuelle.

Au lendemain de la Pride, trois jeunes ont été agressés par un groupe d’une quinzaine de personnes. Cette agression à caractère homophobe a été qualifiée de « crime de haine » et transmise au parquet.[5]

En 2017, 84 dossiers ont été ouverts pour discriminations ou violences homophobes en Belgique. UNIA, explique que le critère orientation sexuelle arrive en première position dans le domaine de la  » Vie en société « . « Cela démontre une forme d’intolérance et d’hostilité émotionnelle, un rejet quasi instinctif qui se traduit dans l’espace public, parfois de manière très violente. ».[6] Ce constat inquiétant met en évidence la nécessité d’œuvrer pour un changement de mentalité et une ouverture d’esprit, en parallèle avec des demandes législatives.

UNIA, souligne qu’il reste donc une nécessité d’introduire une réglementation qui punit explicitement les crimes de haine motivés par des préjugés sur l’orientation sexuelle, l’identité sexuelle, et les caractéristiques sexuelles. Selon l’ILGA, il est également nécessaire d’inclure des références explicites aux caractères sexuels dans les législations antidiscriminatoires.

Cette année, la Pride s’exprime sous le slogan « Your Local Power! ». A l’approche des élections communales, la communauté LGBT+ souhaite « encourager les administrations communales à mener une politique locale qui favorise explicitement l’intégration des LGBTI: introduction d’une charte de diversité dans les clubs sportifs, mise à disposition dans les bibliothèques d’informations sur les genres et les sexualités, octroi d’un soutien logistique et financier aux associations locales, témoignages et formations au sein de l’enseignement de la Communauté, présentation d’un festival du film queer dans les cinémas ou centres culturels régionaux. Il convient de (…),mener des actions LGBTI dans les centres communautaires et maisons des jeunes, d’aider les victimes ou témoins à réagir en cas de discriminations ».[7] 2018 se verra ouvrir les portes du premier foyer pour les jeunes LGBT (entre 18 et 25 ans) qui « se retrouvent livrés à eux-mêmes suite à un rejet ou à une exclusion de leur domicile pour des raisons de genre ou d’orientation sexuelle ». Un projet initié par l’asblMidmino, qui explique que « la Maison Arc-en-ciel, qui regroupe les associations LGBT bruxelloises, (…) est sollicitée chaque semaine par des jeunes qui vivent une situation d’exclusion du domicile familiale ». Se retrouvant à la rue, ces jeunes finissent le plus souvent au Samu social avec nul endroit où aller.Ceshébergements temporaires de quelques semaines visent à accompagner le jeune dans sa réinsertion et offre un soutien psychologique, social(accès aux soins de santé, recherche d’emploi, d’un logement durable) etjuridique quand cela est nécessaire.[8]

Ailleurs en Europe :

Il est important de rappeler que l’Union Européenne a formulé quatre lignes directrices pour la protection de la communauté LGBTI : 1) Décriminalisation et combat contre les lois et régulations discriminatoires 2) Promouvoir l’égalité et la non-discrimination 3) Combattre la violence et LGBT-phobies 4) Supporter et protéger les droits humains des défenseurs de la cause LGBT+.[9]

Selon l’Index Rainbow, Maltes’affiche aujourd’hui à la tête du classement avec un score qui dépasse les 90%. Une montée impressionnante pour le pays qui s’affichait en bas de liste en 2013. En revanche, dans l’est de l’Europe, tel qu’en Lettonie, Lituanie, Roumanie, Pologne ont encore beaucoup de progrès à faire à ce niveau-là.[10]

Protection des données personnelles – Grindr

Grindr est devenue depuis sa création en 2009 l’application de rencontre la plus convoitéepour homosexuels, et s’est maintenant élargi à toute la communauté LGBTI. Or, elle est aujourd’hui accusée d’avoir « laissé des entreprises tiercesaccéder aux données privées de ses utilisateurs, dont leur statut VIH ». Ces entreprises tierces, Apptimize et Localytics, avaient la charge de tester l’application, et auraient ainsi reçu les données de Grindr. Scott Chen, l’un des responsables de l’application, affirme que « Grindr n’a jamais vendu et ne vendra jamais d’informations personnelles identifiables (…) à des tierces parties ou à des annonceurs ». Cependant, il rappelle que « les usagers ont le choix ou pas de partager leur statut VIH, et c’est donc à eux d’être vigilants ».[11]

 

[1]  https://rainbow-europe.org/

[2] https://www.rtbf.be/info/belgique/detail_la-chambre-approuve-la-loi-sur-les-transgenres?id=9616404

[3] http://www.lalibre.be/lifestyle/magazine/je-suis-intersexuee-la-revelation-du-mannequin-belge-hanne-gaby-odiele-588887b8cd70e747fb5501d4

[4] https://rainbow-europe.org/#8624/0/0

[5] https://www.rtbf.be/info/regions/detail_agression-a-caractere-homophobe-a-bruxelles-au-lendemain-de-la-pride-parade?id=9924007

[6] https://www.rtbf.be/info/societe/detail_84-dossiers-ouverts-pour-discriminations-ou-violences-homophobes-en-belgique-en-2017?id=9921904

[7] https://www.pride.be/fr/yourlocalpower/

[8] https://www.rtbf.be/info/regions/detail_bruxelles-un-refuge-pour-jeunes-lgbt-chasses-du-domicile-familial-ouvrira-en-juillet?id=9911560 et http://www.midnimo.eu/refuge-lgbt-bruxelles-2/

[9] European Union Agency for Fundamental Rights

[10] https://rainbow-europe.org/country-ranking

[11] https://www.huffingtonpost.fr/2018/04/03/grindr-accuse-davoir-partage-le-statut-hiv-de-ses-clients-avec-dautres-entreprises_a_23401431/

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