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Prenons garde… On dit souvent que l’Italie est le laboratoire politique de l’Europe.

Prenons garde… On dit souvent que l’Italie est le laboratoire politique de l’Europe.
L’Italie a souvent été considérée, comme le laboratoire politique de l’Europe.Elle a été depuis l’entre deux guerres, le « terrain d’expériences politiques nouvelles » (expression empruntée au
politologue Marc Lazar1 ) et a vu naitre, le fascisme de Mussolini, puis dans les années 90, une droite d’un genre nouveau incarnée par Silvio Berlusconi et depuis 2018, un nouvel alliage d’extrême droite. Les populistes du Mouvement Cinq Etoiles et ceux de la Lega ont remporté les dernières élections de la péninsule italienne notamment grâce à leurs discours anti- migrants et anti- euro.
L’homme fort de cette alliance Matteo Salvini, s’est peu à peu imposé au pouvoir à coup d’opérations spectaculaires et médiatiques dans des camps de nomades, des déclarations et de mesures xénophobes et d’hypermédiatisation. Il a surtout construit son discours autour du thème principal : l’immigration. Son slogan est d’ailleurs « Les Italiens d’abord », en référence à l’America First » de Donald Trump. Dernier coup d’éclat de celui que les médias nomment « bulldozer milanais », il a appelé, jeudi 8 août, à la tenue d’élections anticipées et annonce vouloir mettre fin à la coalition gouvernementale avec le Mouvement 5 Etoiles. Cette annonce a eu l’effet d’un coup de tonnerre et plonge l’Italie dans une grave crise politique.
Depuis son arrivée au pouvoir, le vice-président du Conseil et ministre de l’Intérieur de l’Italie multiplie les mesures xénophobes : couvre-feu pour les magasins tenus par des étrangers, les enfants étrangers tenus à l’écart dans les cantines ou l’évacuation de migrants d’un village… Depuis plusieurs mois, le gouvernement italien fait barrage aux opérations de sauvetage en mer. Et fait de la solidarité un crime ! Les exemples se succèdent, en juin dernier la capitaine du navire humanitaire Sea Wach 3 été arrêté par les autorités italiennes après avoir forcé le blocus imposé par le ministre de l’intérieur. Elle risquait jusqu’à 20 ans de prison et une très lourde amende. Au même moment était jugé Pia Klemp, l’ancienne capitaine des navires Iuventa et Sea Watch-3 pour des raisons similaires ( soupçons « d’aide et complicité d’immigration illégale ») elle encourait la même peine. La mobilisation des différents acteurs de la société civile ainsi que la prise de position de certains gouvernements ont permis aux deux humanitaires de ressortir libres.
Mais l’accalmie a été de courte durée, en effet, la semaine dernière, le Sénat a voté la confiance au gouvernement italien sur un nouveau tour de vis sécuritaire et anti- migrants. Le texte adopté à une large majorité (160 voix pour et seulement 57 contre) donne la possibilité d’intercepter préventivement une embarcation de sauvetage et d’infliger jusqu’à dix ans de prison en cas de résistance. De plus ce nouveau décret extrêmement répressif se traduit également par des amendes records , les organisations humanitaires de sauvetage sont désormais passibles de 150 000 euros à 1 million d’euros de pénalité et leurs bateaux pourront être placés sous séquestre. Très inquiétante cette loi a été décrié par les différentes instances internationales et acteurs de la société civile.Cette loi bafoue toutes les valeurs d’entraide et de solidarité et c’est une véritable menace pour le devenir de nos démocraties européennes, dont les fondations reposant sur les valeurs humaines s’effritent dangereusement.
Prenons garde également à ce que l’Italie ne devienne pas l’avant-garde politique de l’Europe

 

1 Marc Lazar, né à Paris le 19 juin 1952 est un historien et sociologue français du politique. Spécialiste des gauches et de la vie politique italienne

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