AEDH

L’Irlande légalise enfin l’IVG. – Qu’en est-il dans les autres Etats membres de l’UE ?

This post is also available in: enEnglish (Anglais)

Bruxelles, 28 mai 2018

L’AEDH se félicite du succès du référendum passé le 25 mai 2018 en Irlande qui abolit le Huitième amendement de sa Constitution qui reconnaissait jusqu’alors « le droit à la vie de l’enfant à naître, en tenant compte du droit égal à la vie de la mère ». A la seule condition que la vie de la femme soit en danger, l’avortement pour toutes autres causes (viol, malformation du fœtus, inceste, grossesse non désirée) était punissable jusqu’à 14 ans de prison et une amende, l’une des lois les plus restrictives d’Europe avec Malte, Andorre et Saint Martin. Par conséquent, les femmes irlandaises étaient contraintes de voyager dans un autre pays pour avoir recours à une IVG, qui devenait ainsi un privilège, accessible uniquement à ceux qui disposent de titres d’identité permettant de circuler et qui sont en mesure de financer un tel déplacement. Mais grâce au succès du oui au référendum gagné à 66,4%, avec une participation impressionnante de 64% dont un grand nombre de jeune, le gouvernement a maintenant la possibilité de présenter un projet de loi permettant de légaliser l’IVG en Irlande. L’exécutif devrait promulguer la nouvelle législation d’ici à la fin de l’année.

Si l’Irlande fait un pas vers l’avant, la Pologne se prépare pour un durcissement de la loi visant à limiter l’accès à l’IVG. Autorisée dans le pays en cas de viol ou inceste, si la vie de la femme enceinte est menacée, ou en cas de malformation du fœtus, un nouveau projet de loi voudrait supprimer cette dernière condition, qui constitue 96% des IVG pratiquées en Pologne. Au même moment, les familles d’enfants nés handicapés protestent à Varsovie pour recevoir les aides financières promises par le Parti ultra-conservateur PiS lorsqu’il était dans l’opposition. Il y a donc une contradiction dans les actes du gouvernement qui veut d’une part forcer les femmes à accepter toute naissance , et de l’autre, n’apportent pas l’aide nécessaire à ses familles pour faire face au handicap de leur enfant.

En Pologne, comme en Hongrie, l’avortement a perdu sa gratuité et nécessite une ordonnance médicale. De plus, en Hongrie, des programmes nationaux sur l’éducation à la vie de famille sont donnés dans les écoles, pour sensibiliser les jeunes et promouvoir une conscience anti-avortement.

Ce retour en arrière s’observe également par la réapparition de campagnes pro-life en Europe. Souvent influencés par l’Eglise catholique, ces mouvements anti-avortement tentent de revenir à des législations plus conservatrices en tentant d’influencer la population jeune. Pour ce faire, ils détournent le  vocabulaire juridique propre aux droits de l’Homme dans lequel l’embryon devient un sujet de droit, et l’IVG un crime contre l’humanité.

En Italie, où l’IVG est légale depuis 1978, les médecins ont le droit de refuser de pratiquer l’avortement en faisant état de la clause de conscience, que ce soit pour des raisons religieuses ou éthiques. 70% des médecins italiens s’y réfèrent  et l’Eglise catholique s’est mobilisée pour faire nommer des médecins catholiques à la tête des maternités publiques.  Ainsi, l’accès à l’avortement reste extrêmement difficile dans ce pays. Ce n’est cependant pas le seul Etat membre de l’UE où la mise en pratique de la loi pose problème: en Espagne, quoique l’IVG soit légale depuis les années 1970 et l’une des interventions médicales les plus pratiquées, elle reste à ce jour toujours absente des syllabi de médecine.

Le conseil de l’Europe met en garde contre un recul législatif en Europe centrale. Particulièrement en Slovaquie, Lettonie, Roumanie, et Lituanie, qui se dirigent vers des lois plus restrictives, dignifiant ainsi un recul inquiétant des droits des femmes[1] . Car l’égalité des genres passe aussi par la libéralisation du corps. Il est donc fondamental de répondre à ses régulations rétrogrades et aux offensives concertées des forces religieuses obscurantistes pour empêcher qu’une police des corps viennent s’interposer dans la liberté du choix face au droit à la reproduction. L’AEDH s’engage dans ce combat et encourage les états membres de l’UE à rendre l’IVG légale, sécurisé, et accessible à toutes les femmes.

[1] https://rm.coe.int/sante-et-droits-sexuels-et-reproductifs-des-femmes-en-europe-document-/168076df73

webmin