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Les réseaux et groupuscules d’extrême droite de plus en plus radicalisés et violents.

Ces dernières années, les groupuscules d’extrême droite ont du vent dans les voiles et gagnent du terrain dans de nombreux pays européens. Boostés par les victoires de leurs partis politiques comme la Ligue en Italie, Fidesz en Hongrie, le Rassemblement National en France, ces réseaux extrémistes sont de plus en plus populaires auprès des jeunes et notamment des plus diplômés qui sont séduits par leurs démonstrations de force envers les populations musulmanes, les immigrés et les minorités sexuelles. Les récentes attaques comme celles de Christchurch, ou plus récemment l’attaque de Bayonne mettent en exergue cette montée de la violence de la mouvance d’extrême droite, de plus en plus radicalisée et organisée.

Une accélération des attaques terroristes d’extrême droite
Depuis plusieurs mois, ces attaques terroristes d’extrême droite semblent s’accélérer, en témoignent les récents événements ayant touché différents pays européens et non- européens. Le 28 octobre dernier, un octogénaire ancien candidat étiqueté front national a ouvert le feu sur la mosquée de Bayonne ( France) blessant grièvement deux fidèles. Il avait auparavant essayé de mettre feu aux portes de l’édifice et était «connu » pour ces propos islamophobes et violents. Cet attentat est la conséquence selon Malik Salemkour1 « du climat d’instrumentalisation et de stigmatisation de toute une partie de la communauté nationale ».
Quelques mois plutôt en Nouvelle Zélande, deux mosquées de la ville de Christchurch étaient prises pour cible par Brenton Tarrant un australien de 28 ans, radicalisé et adepte des théories d’extreme droite qui avait préalablement envoyé un manifeste de 74 pages à plusieurs médias locaux, ainsi qu’au bureau de la première ministre Arden intitulé « The Great Replacement2 ». Cette théorie raciste du « Grand remplacement », popularisée par Renaud Camus, se diffuse de plus en plus dans les milieux conservateurs et séduit de plus en plus d’intellectuels et d’hommes politiques comme le polémiste E. Zemmour. Brenton Tarrant appartient à la tradition plus ancienne de l’ultra droite violente qui dénonçait déjà, depuis des décennies, une supposée « submersion migratoire ». Cette tuerie a provoqué une réelle stupeur dans ce pays qui ne connaissait pas, jusqu’alors, de réelles menaces provenant de l’extrême droite.

En octobre en Allemagne, au moins deux personnes ont été tuées en pleine rue à l’arme à feu, à Halle, dans une attaque visant, en plein Yom Kippour, une synagogue puis un restaurant turc.Deux autres personnes ont été grièvement blessées par balles par un homme de 27 ans lourdement armé et issu de la mouvance néo nazie. Cette attaque intervient quelques mois seulement après le meurtre, en juin dernier, en Hesse, de Walter Lübcke, un élu pro-migrants du parti conservateur de la chancelière Angela Merkel (CDU). Le principal suspect est lui aussi un membre de la mouvance néo nazie. Après cette attaque, le risque d’un nouvel attentat d’extrême droite reste « élevé » selon le ministre de l’Intérieur Horst Seehofer, qui explique que « environ 24 000 personnes sont considérées comme des extrémistes de droite, dont 12 000 comme potentiellement « violentes » en Allemagne, précisant que parmi ces 12 000, « l’affinité pour les armes est très élevée ». Cet attentat réveille un douloureux passé et attise les craintes en Allemagne du retour d’un terrorisme d’extrême droite, avec déjà plusieurs crimes, agressions et constitution de groupuscules violents ces dernières années. Cette montée du terrorisme violent fait l’objet d’une vive inquiétude dans de nombreux pays européens comme en France oú une commission d’enquête, présidée par la députée LFI Muriel Ressiguier, s’est penchée pendant six mois « sur la lutte contre les groupuscules d’extrême droite en France » et s’alarme d’une possible « tentation terroriste » des groupuscules d’extrême droite dans le pays.
De l’autre coté de l’Atlantique , le dernier rapport très détaillé, « Global Terrorism Index 20183», de l’Institute for Economics and Peaceconsacre d’ailleurs un chapitre au terrorisme d’extrême droite dans lequel elle voit une tendance forte et explique que « les événements récents ont accru la crainte d’un futur terrorisme d’extrême droite ».

Selon un rapport d’Europol classé secret, ces organisation et réseaux extrémistes recrutent des membres parmi les forces de police et les militaires.
Mais ce qui est encore plus inquiétant, c’est que ces groupes extrémistes sont de plus en plus armés et recrutent parmi les forces militaires et de police. Ainsi, en juillet dernier, la police a découvert dans le Nord de l’Italie un véritable arsenal au cours de perquisitions dans plusieurs locaux de groupes d’extrême droite. Des fusils d’assaut, mitraillettes, armes de poings, baïonnettes, et des centaines de munitions ont été saisis. En Allemagne, cet été, la police a aussi démantelé un vaste réseau avec à sa tête des anciens policiers et militaires soupçonnés de vouloir s’en prendre aux personnalités politiques locales. En France en 2018, les dix membres de l’AFO (une fraction dissidente et ultra radicale des Volontaires pour la France ,VPF) dont l’objectif est de «défendre l’identité française» et «combattre l’islamisation du pays» ont été interpellés, tous assidus de la chasse ou de séances de tir sportif et pour certains, anciens militaires. Lors des perquisitions menées, les agents de la DGSI ont découvert un laboratoire de fabrication d’explosifs dont des grenades. Le rapport d’Europol classé secret corrobore ces récentes arrestations et alerte sur le fait que ces réseaux recrutent de plus en plus parmi les forces de police et les militaires en vue de préparer des actions violentes. En effet, ces groupuscules sont de plus en plus organisés et utilisent les réseaux sociaux comme le forum 8chan pour recruter leurs membres et préparer leurs futures actions.

 

Voir l’entretien de M. Salemkour . En ligne : https://www.humanite.fr/malik-salemkour-il-faut-stopper-ceux-qui-detournent-la-laicite-contre-les-musulmans-679473

La théorie du« grand remplacement », forgé par l’écrivain français d’extrême droite Renaud Camus. Cette théorie d’essence raciste a deux volets : d’une part, ce qui se présente comme un « constat » démographique : du fait d’une immigration « massive » et d’une fécondité plus forte, les populations d’origine extra-européennes seraient en passe de surpasser numériquement les populations « d’origine » (c’est-à-dire caucasiennes) en Europe – et, du même coup, d’imposer leur culture et leur religion au continent.

2 Sixième édition du “Global Terrorism Index” (GTI) sur les orientations actuelles des mouvances terroristes. Le GTI suit leur évolution depuis 1998. Le think tank Institute for Economics and Peace y produit des analyses chiffrées sur les questions de paix mondiale (en estimant le coût de la violence, notamment). Le site internet du think tank propose également des infographies interactives.

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