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L’EFSA et le RoundUp ! Une agence au-dessus de tout soupçon ?

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Il semble que l’autorité européenne de sécurité alimentaire (EFSA) ait complètement oublié la définition de l’une de ses plus importantes caractéristiques. Chargée de surveiller et contrôler, en vue de garantir la santé des européens, les produits mis en service sur le marché européen, l’agence n’a-t-elle pas failli dans sa mission d’ évaluation sérieuse et scientifique du RoundUp ?

L’EFSA se définit elle-même comme « une agence européenne fondée par l’Union européenne qui opère indépendamment de la Commission européenne, du Parlement européen et des États membres de l’UE. L’EFSA a été créée en 2002, suite à une série de crises alimentaires survenues à la fin des années 1990, afin de constituer une source impartiale de conseils scientifiques et de communication sur les risques associés à la chaîne alimentaire  ».[1]

Indépendante ? C’est ainsi que se présente l’agence. Revenons un court instant sur la définition de ce terme. Dans le dictionnaire Larousse, l’indépendance est l’«  état de quelqu’un, d’un groupe qui juge, décide, etc., en toute impartialité, sans se laisser influencer par ses appartenances politiques, religieuses, par des pressions extérieures ou par ses intérêts propres  »[2].

Pourtant, après les révélations du Guardian en Angleterre, de la Stampa en Italie, de RMC et du Monde en France ainsi que le groupe des Verts au Parlement européen, les citoyens européens savent désormais que l’agence censée les protéger a utilisé un rapport mené par les « scientifiques » de chez Monsanto afin de signifier que le RoundUp, produit phare de la firme, n’était pas cancérogène. L’EFSA a recouru à la pratique du «  ghostwriting  ».[3] Cette pratique consiste en l’écriture d’un rapport, qui a l’allure d’une évaluation scientifique, par les employés d’une firme qui sera envoyé à une institution et endossé par des « scientifiques indépendants » en vue de légitimer le rapport. En étant très clair, le rapport publié par l’EFSA sur le RoundUp a été écrit en grande partie par Monsanto.

Or ce produit a été jugé cancérogène probable par le centre international de recherche contre le cancer (CIRC) qui lui, n’a pas sollicité l’aide de Monsanto pour établir son propre rapport.

L’AEDH rappelle que l’indépendance des agences de contrôle et d’évaluation de l’Union européenne est nécessaire au bon fonctionnement de l’Union européenne. Sans cette indépendance, les Européen-ne-s pourraient ne plus avoir confiance en une Union et en ce type d’agences devant les protéger. En effet, ces agences doivent défendre les Européen-ne-s des dangers qu’elles et ils pourraient ne pas percevoir eux-mêmes sans l’expertise que ces agences sont censées livrer. Mais en utilisant des données de Monsanto pour juger le RoundUp non-dangereux pour la santé des personnes, l’EFSA n’a pas rempli son rôle et a manqué à ses responsabilités.

L’AEDH rappelle que le Pacte international relatif aux droits économiques, sociaux et culturels (PIDESC) de 1966 en son article 12 met en place « le droit qu’à toute personne de jouir du meilleur état de santé physique qu’elle soit capable d’atteindre ». L’article ajoute « que les mesures que les Etats parties au présent Pacte prendront en vue d’assurer le plein exercice de ce droit devront comprendre les mesures nécessaires pour assurer : l’amélioration de tous les aspects de l’hygiène du milieu et de l’hygiène industrielle ». Avec le simulacre « d’expertise » qu’elle a livré sur le RoundUp, l’EFSA ne se serait-elle pas mise en dehors des principes fondateurs du PIDESC et par conséquent dans une situation de grave négligence vis-à-vis des droits de l’Homme tels qu’ils apparaissent dans la Déclaration universelle dont le PIDESC est lui-même issu ?

En empêchant les lobbyistes de Monsanto d’entrer au Parlement Européen[4], les présidents des groupes parlementaires montrent que l’indépendance des parlementaires européens ne sera pas si facilement sapée. Pour la santé de tous les Européen-ne-s, l’AEDH attend de l’EFSA qu’elle revienne sur cette « parodie scientifique » pour que le débat sur le renouvellement de l’autorisation du RoundUp se base sur des données objectives et indépendantes.

Mais tout cela appelle à une réflexion plus vaste.

Du côté des agriculteurs, le discours est changeant selon que l’on se dirige vers les représentants des lobbys agro-alimentaires, les gros productivistes ou encore les agriculteurs utilisateurs du produit qui se prononcent en faveur de l’utilisation du RoundUp qui, selon eux, n’est pas dangereux de façon certaine ou vers d’autres organisations comme par exemple la confédération paysanne, en France, qui milite contre l’utilisation de ce produit[5].

Mais à l’heure de l’entrée en vigueur provisoire du CETA, il faut rappeler que, quand certains agriculteurs européens utilisent du RoundUp pour améliorer leur rendement, les Canadiens pourront utiliser et exporter des produits sur lesquelles sont utilisés une quarantaine de produits interdits en Europe car jugés nocifs.

Voici l’étendue de la question et des interrogations multiples qui s’ensuivent. En légitimant un rapport écrit par Monsanto, l’EFSA jette l’opprobre sur l’indépendance des agences européennes et se montre défaillante dans sa mission principale : garantir la sécurité alimentaire et la santé des personnes. Peut-être l’EFSA s’est-elle sentie totalement inutile face à l’adoption du CETA par les Etats membres de l’UE ? Il y aurait là au moins une explication, certes bien faible, à une quasi fraude scientifique : il s’agissait d’une bataille perdue d’avance. Peut-être a-t-elle voulu rétablir les conditions d’une concurrence « libre et non faussée », à armes égales entre les utilisateurs du RoundUp des deux côtés de l’Atlantique. Ça fait froid dans le dos !

En réalité, la question plus générale que l’AEDH pose aux gouvernements des Etats membres, à l’heure où le vote au Parlement européen sur la durée du renouvellement a été reporté, est simple : l’extension des marchés doit-elle se faire au détriment de la santé ? Il semble que la réponse devrait être claire et limpide : NON.


[1] Citation disponible sur : https://www.efsa.europa.eu/fr/aboutefsa – Réglement n°178/2002 créant l’EFSA disponible sur  : http://eur-lex.europa.eu/LexUriServ/LexUriServ.do ?uri=OJ:L:2002:031:0001:0024:fr:PDF

[2] Dictionnaire Larousse, disponible sur : http://www.larousse.fr/dictionnaires/francais/ind%C3%A9pendance/42534

[3] Le Monde, « « Monsanto Papers » : des dérives inadmissibles », 5 octobre 2017, disponible sur : http://www.lemonde.fr/idees/article/2017/10/05/monsanto-papers-des-derives-inadmissibles_5196563_3232.html et Le Monde, « Glyphosate : l’expertise européenne truffée de copiés-collés de documents de Monsanto », 16 septembre 2017, disponible sur : http://www.lemonde.fr/planete/article/2017/09/16/glyphosate-l-expertise-europeenne-truffee-de-copies-colles-de-documents-de-monsanto_5186522_3244.html

[4] Le Soir, « les employés de Monsanto ne pourront plus accéder au Parlement européen », 28 septembre 2017, disponible sur : http://www.lesoir.be/116568/article/2017-09-28/les-employes-de-monsanto-ne-pourront-plus-acceder-au-parlement-europeen

[5] France info, « Glyphosate : une initiative citoyenne européenne exige son interdiction », 9 février 2017, disponible sur : http://www.francetvinfo.fr/sante/environnement-et-sante/glyphosate-une-initiative-citoyenne-europeene-exige-son-interdiction_2054547.html

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