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L’édito du Président de l’AEDH – Nuages bas et sombres présages sur l’Europe

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Les informations quand il s’agit du futur en Europe et singulièrement pour cette construction unique qu’est l’Union européenne ne sont pas bonnes. Non seulement dans nombre des États membres de l’Union, la démocratie et la défense des droits sont les moindres des soucis des pouvoirs, mais en plus, les peuples eux-mêmes ont du mal à distinguer ce qu’apporte « l’Europe » et donnent une certaine crédibilité aux partis politiques d’extrême droite, xénophobes et nationalistes, voire carrément racistes et/ou fascistes.

Là en Pologne, le gouvernement après avoir cherché à réduire au silence la justice, les médias, la société civile, s’en prend maintenant à l’histoire du pays pour la purifier des éléments qui gênent, par exemple la Shoah, l’antisémitisme dans le pays.

Ici en Hongrie, après l’offensive contre les associations de la société civile, les déclarations fracassantes sur les étrangers en général, le premier ministre Orbán s’est vu infliger une condamnation totale du commissaire aux Nations-Unies pour ses propos ignobles sur la couleur de la peau.

En Croatie, le parti au pouvoir ne craint pas de faire retour sur son histoire nationale en redonnant de la crédibilité à la geste oustachi, ces fascistes de sinistre mémoire, à tel point même que l’on ne s’étonne presque plus de voir des hommes politiques faire l’apologie de l’Oustacha dans les enceintes du pouvoir.

Et il y en a bien d’autres. On se rassure en se disant que c’est de l’écume et que au bout du compte la raison s’imposera et que ces sombres idéologies n’ont pas d’avenir. Selon certains analystes, ce serait même une sorte d’utile exutoire, comme si ces déviations, circonscrites dans leur pays d’origine, avaient comme immense avantage de donner de la crédibilité à une sorte de « corps central » de référence de la construction européenne, celle qui prévaut en particulier depuis des décennies au plus haut niveau, au sein du Conseil de l’Union et à la Commission européenne. Autrement dit, Orbán et tous les autres sont des idiots utiles, des sortes de « meilleurs ennemis » qui permettent de faire passer les errements de la construction européenne comme des broutilles.

Mais est-ce un bon calcul ? Les résultats électoraux des extrêmes droites dans ces pays qui sont gouvernés par ces partis mêmes qui construisent l’Europe de la même façon depuis tant d’années, en France, en Allemagne, en Italie, aux Pays-Bas, au Danemark, sont trop concomitants pour ne pas signifier quelque chose : nous vivons une crise de l’instabilité du monde et une crise de la construction européenne telles qu’elles font croire à la validité du chacun pour soi et de la concurrence généralisée entre les peuples et entre les individus.

A cette aune, nous avons déjà donné. Il faut prendre garde qu’à se débarrasser de l’état de droit, on redonne de la place aux fauteurs des guerres.

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