AEDH

Le cas Julian Assange: Treize ans d’acharnement

Cet informaticien et cybermilitant d’origine australienne présente aujourd’hui tous les signes d’une torture psychologique, selon un rapporteur spécialiste des droits de l’Homme de l’ONU, après treize longues années d’acharnement de la part des Etats-Unis, de la Suède ou du Royaume-Uni. Après avoir reçu le soutien de nombre de ses confrères à la fondation de WikiLeaks, aujourd’hui, selon Juan Branco, membre de son équipe juridique, « le sort d’un journaliste détenu depuis près de sept ans dans vingt mètres carrés, sans accès à l’air libre et au soleil, soumis à des mois d’isolement complet, dans des conditions de vie proches de la torture, le tout pour avoir fait son travail, ne les émeut pas. Assange a beau apparaître affaibli, le visage rongé par la solitude, il n’est plus des leurs ».

Après avoir fondé WikiLeaks en décembre 2006, et avoir divulgué plusieurs informations classifiées, le premier coup d’éclat survient le 5 avril 2010, lorsqu’il publie sur WikiLeaks une vidéo de dix-sept minutes montrant un assassinat de civils, de journalistes et d’enfantspar l’armée américaine en Irak, intitulée « Collateral Murder ». Parla suite, le 25 juillet de la même année, le site publiera plus de 90 000 documents classifiés portant sur la guerre en Afghanistan. Enfin, en octobre-novembre, le site met en ligne quelques 400 000 notes officielles sur la guerre en Irak, et 250 000 câbles diplomatiques américains. Ces divulgations d’informations ont donné lieu à l’arrestation de l’analyste américaine Chelsea Manning, condamnée en 2013 à trente-cinq ans de prison pour espionnage. Cette dernière a par ailleurs refusé de témoigner contre WikiLeaks.

Après l’accusation et le mandat d’arrêt  européen portés  par la Suède contre Julian Assange pour viol et agression sexuelle le 18 novembre 2010, ce dernier se rend à la police britannique le 7 décembre, qui l’arrête puis le libère sous caution. Il trouve alors refuge à l’ambassade d’Equateur le 19 juin 2012, qui est alors dirigée par Rafael Correa.

WikiLeaks continue ses investigations et publications, et le 22 juillet 2016, le site rend publics des courriels révélant des manipulations du Parti démocrate pour favoriser Hillary Clinton, après que les Nations Unies aient déclaré arbitraire la détention de Julian Assange.

C’est pourquoi le 21 avril 2017,  le Ministre de la justice américain, M. Jefferson, fait de l’arrestation de Julian Assange une priorité pour les Etats-Unis. Le 11 avril 2019, Lenin Moreno, président de l’Equateur depuis 2017 et plus proche des Etats-Unis que son prédécesseur, révoque son asile politique permettant à la police britannique de l’arrêter dans l’ambassade, et aux Etats-Unis de demander son extradition pour piratage informatique, et compte désormais dix-sept nouveaux chefs d’inculpations contre Julian Assange. Début mai, il a par ailleurs été condamné par la justice britannique à cinquante semaines de prison pour violation de ses conditions de liberté provisoire.  Le plus préoccupant étant que les accusations portées par les Etats-Unis pourraient aboutir à une condamnation à la peine de mort, le statut de journaliste lui étant dénié.

Depuis son arrestation, il est incarcéré dans une prison de haute sécurité, après avoir passé sept ans dans les locaux de l’ambassade d’Equateur. Le 31 mai 2019,le rapporteur de l’ONU sur la torture, Nils Melzer, a déclaré que Julian Assange présentait « tous les symptômes de torture psychologique à laquelle il a été exposé pendant plusieurs années ». Il subit notamment une persécution collective énorme, ayant perdu tout soutien de ses confrères journalistes depuis son arrestation.(***)

Juan Branco, membre de l’équipe juridique de Julian Assange, a publié depuis plusieurs communiqués, établissant l’acharnement dont ce dernier a été victime depuis la fondation de WikiLeaks. Selon lui, celui qui a « rendu publics certains des plus importants méfaits du XXIe siècle se retrouve à ce point esseulé lorsque la solidarité est requise », ce qui est inadmissible, sachant qu’en treize ans, son seul tort a été de constituer « la plus grande bibliothèque des appareils de pouvoir de l’histoire », un « exploit auquel aucun de ses concurrents ne peut prétendre ». D’autant plus que durant toutes ces années, il n’a jamais « publié la moindre fausse information ».

La situation de Julian Assange va à l’encontre de toutes les garanties des droits de l’Homme, et il est malheureux de constater que ses confrères, censés révéler la vérité sur les atteintes de ce genre se sont récemment murés dans un silence au moment où il en aurait eu le plus besoin.

 

(***)

Jeudi 11 avril. Déclaration de Dick Marty, ancien rapporteur sur les prisons secrètes de la CIA pour le Conseil de l’Europe : https://www.rts.ch/info/monde/10359555–je-suis-choque-assange-n-a-fait-que-dire-la-verite-clame-dick-marty.html

Le 1erjuin 2019. Déclaration de Nils Melzer, rapporteur spécial des Nations Unies sur la torture : https://blogs.mediapart.fr/celine-wagner/blog/010619/royaume-uni-etats-unis-suede-complices-dans-la-torture-contre-julian-assange

Le 26 mai 2019. Déclaration du comité de soutien à Assange WikiJustice : https://www.legrandsoir.info/wikijustice-julian-assange-declaration.html

webmin