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L’Albanie, éclaireur de la protection des frontières Sud-Est de l’UE

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20 février 2018 – À l’occasion d’une visite du Commissaire D. Avramopoulos à Tirana, les 11 et 12 février, un protocole d’accord organisant une coopération opérationnelle entre l’Albanie, représentée par son ministre de l’Intérieur, Fatmir Xhafaj, et l’Agence européenne de garde-frontières et de garde-côtes (FRONTEX) a été paraphé.

Il s’agit du premier accord opérationnel de FRONTEX dans la région des Balkans occidentaux ; jusqu’à présent, l’Agence n’y avait qu’une mission d’observation. Son entrée en vigueur sera effective dès l’obtention du blanc-seing des États membres européens et des institutions albanaises compétentes.

Pour les autorités albanaises, cet « accord » est une réponse à la crainte régulièrement exprimée depuis la fermeture de « la route des Balkans » en 2016, de voir leur pays devenir la destination contrainte des migrants détournés de leur chemin vers l’UE, alors que les capacités d’accueil du pays sont quasi nulles.

Pour FRONTEX – et les autorités européennes – c’est une perspective de pouvoir renforcer efficacement la sécurité des frontières extérieures de l’UE pour répondre « aux éventuels défis migratoires », dans une conjoncture où l’Agence observe pourtant une nette diminution des passages, comme en témoignent les chiffres publiés dans son tout dernier rapport[1] . Ce sera, particulièrement, le point d’orgue au contrôle effectif de la « route circulaire » entre l’Albanie et la Grèce qui continue d’être utilisée par les migrants.


         Franchissement des frontières par la route des Balkans occidentaux

          12 178 en 2017 / 130 261 (en 2016)

Dont   Pakistanais      4 355

     Afghans           3 388

                     Irakiens              960          

         Route circulaire de l’Albanie vers la Grèce

         6 396 en 2017 / 5 121 (en 2016)

                                                                      Source FRONTEX : Risk analysis for 2018 ; p.18


 

Pour les Albanais,  la nouvelle sera évidemment bien moins positive puisqu’elle signifie que les passages vers l’UE seront plus surveillés. Or, en 2017, avec 25 512 demandes d’asile[2], les ressortissants de ce pays forment le septième groupe de requérants enregistrés dans l’UE.

Il est vrai que ces demandes débouchent rarement sur une reconnaissance du statut (moins de 5% au cours des dernières années), ce pays étant considéré comme « sûr » par nombre de pays européens, à l’instar des desiderata de la Commission européenne.

Largement déboutés du droit d’asile, outrepassant la durée autorisée de court séjour, les Albanais se retrouvent souvent les cibles privilégiées du renforcement de la politique de retours souhaitée par la Commission européenne et à laquelle Tirana apporte son concours actif, en contrepartie de l’exemption de visas obtenue en décembre 2010.

Gageons que la perspective (même lointaine) d’une adhésion à l’UE ne pourra donc que stimuler les efforts albanais de surveillance des flux aux frontières !

À moyen terme, l’exemple de l’Albanie devrait être suivi par la Serbie et l’ex-République yougoslave de Macédoine. Ainsi se construisent progressivement les contreforts des frontières extérieures de l’Union européenne…

 

Pour aller plus loin :

– Commission européenne : Gestion des frontières: L’Agence européenne de garde-frontières et de garde-côtes renforce la coopération opérationnelle avec l’Albanie. Communiqué de presse ; 12 février 2018- http://europa.eu/rapid/press-release_IP-18-742_fr.htm


[1] FRONTEX : Risk Analysis for 2018 – 2018.02.20  Risk Analysis for 2018 – Frontex – Europa EU

[2] EASO : Latest asylum trends – 2017 overview – https://www.easo.europa.eu/latest-asylum-trends

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