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Art et inclusion sociale : Pour une vraie politique culturelle inclusive

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La culture, l’art… On a souvent l’impression qu’il s’agit du parent pauvre de la politique européenne. De la petite cousine de province dont on ne veut pas entendre parler. De l’aveu même de Julie Ward, député européen du groupe socialistes et démocrates, lors de son élection au Parlement européen, on lui demandait de ne pas rejoindre la commission culture et éducation mais plutôt la commission affaires économiques et monétaires où elle pourrait de façon plus forte influencer les politiques culturelles européennes.

Il est vrai que la compétence de l’Union européenne pour les questions culturelles et artistique reste très limitée, non exclusive comme en matière d’éducation. En effet l’Union ne peut venir que compléter l’action des Etats membres et l’instrument principal pour agir reste financier.

Pourtant, on ne peut plus simplement pointer du doigt les institutions européennes pour leur manque de soutien à la culture et à l’art en particulier. Il existe aujourd’hui plusieurs plans qui visent à favoriser les politiques culturelles et artistiques au niveau européen. L’un des meilleurs exemples est l’organisation de la conférence « Street Arts for Inclusive Societies » par groupe le groupe S&D et qui a permis à des acteurs du monde artistique de montrer les bienfaits de l’art pour beaucoup. Un des exemples marquants et au cœur de l’actualité fut d’ailleurs l’association « Refugees Got Talent » qui permet à des réfugiés de s’exprimer via l’art. On peut aussi souligner que le programme « Creative Europe » est un outil utile pour financer des projets et des activités culturelles, qui nécessite beaucoup de temps et d’investissement de la part des acteurs du monde culturel. L’AEDH soutient ces initiatives européennes qui supportent le monde artistique qui très souvent manque de ressources pour exister. Malheureusement, l’adoption d’un objectif sur l’accès à la culture et à l’art dans le socle européen des droits sociaux n’a pas été inclue. C’eut été un signal fort et visible en direction de la culture et de l’art qui aurait mis en lumière les efforts consentis par l’Union européenne sur ce sujet.

Car oui, l’art est d’importance sous différents aspects.

L’art est vecteur de cohésion sociale et il façonne des villes et des espaces et réussit parfois à les rendre bien plus vivants. Lors de la conférence « Streets arts for an inclusive society », Fabrizio Gavosto, le directeur artistique de Mirabilia soulignait qu’il avait vu des villes se transformer en accueillant des festivals. Des villes ont été revivifiées par la création et le développement d’un festival. Et même si cela est difficilement mesurable, l’AEDH soutient la vision selon laquelle l’expression artistique est un moyen d’inclusion.

De plus, l’art permet de stimuler le sens critique. C’est le Parlement européen qui relaye ces études de l’OCDE montrant que l’art, s’il est enseigné, permet de développer cette aptitude[1]. Et il ne s’agit alors pas d’un coup d’épée dans l’eau : à l’heure où le populisme se développe et où les arguments pour y faire face sont souvent insuffisants, le développement du sens critique via l’art pourrait être un excellent moyen de combattre ce phénomène. Car l’art, est un moyen de condamner et de combattre des idées dangereuses pour nos sociétés. On peut alors penser à « Guernica » peint en 1937 par Picasso qui critiquait les bombardements nazis menés sur demande du général Franco.

L’art permet de stimuler la créativité. Cela semble être une évidence mais le document du Parlement européen souligne bien l’importance que cela revêt pour l’économie qui se dessine[2]. Il est souligné que dans un monde globalisé multiculturel, l’art serait un moyen d’appréhender ce monde. De plus il permettrait aux citoyens de développer leur créativité nécessaire pour comprendre cet environnement nouveau qui réclame toujours plus d’idées et d’innovations. L’art aurait alors un but économique ! C’est pourquoi l’enseignement de l’art dans l’éducation devrait être développé et ne pas être une variable d’ajustement budgétaire.

Mais terminons sur une note plus importante encore. L’art permet aux personnes dans le besoin ou dans la difficulté de s’exprimer alors même qu’ils ne seraient pas capables de le faire via des canaux « classiques » de communication. Jérôme Lacinga estime que l’art est une pratique artistique qui peut contribuer à créer du lien et permettre aux personnes de se considérer autrement qu’à travers leur situation personnelle[3].

L’art peut soigner, guérir et donner une place à des personnes qui ne la trouveraient pas forcément. Pourquoi alors ne pas continuer à l’encourager ?

L’inclusion implique que toute personne, quelle que soit sa situation, puisse vivre sa citoyenneté. Comment permettre aux personnes en souffrance de s’intégrer dans nos sociétés ? Une des réponses semble être donné par cet auteur : grâce à l’art[4].

L’année 2018 sera l’année du patrimoine culturel. Espérons que les politiques culturelles de l’Union européenne se développeront encore davantage et que les Etats membres suivent ces efforts.


[1] European Parliament, « Arts, culture, and cultural awareness in education », 2017

[2] Ibidem

[3] LACINGA, Jérôme, « L’art au service de l’inclusion sociale », 2015

[4] Ibidem

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