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Amelia, la robotisation et le travail : à l’aube d’une nouvelle révolution ?

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Commencer une nouvelle année, c’est faire des bilans. Mais c’est aussi se tourner vers l’avenir et ce que le monde sera, ce qu’il deviendra au cours d’une année, et dans les années à venir. Alors avant toute chose, l’AEDH va vous raconter une histoire. Cette histoire, c’est celle d’Amelia. Lors d’un reportage diffusé sur France 2[1], Amelia fut découverte comme une jeune femme, blonde, habillé pour se rendre à son bureau. Sauf qu’Amelia, elle n’a pas qu’un seul bureau. Non ! Elle en a plusieurs. Et pour cause, Amelia est une intelligence artificielle. Des intelligences artificielles qui, de l’aveu même de du développeur d’Amelia, pourra remplacer 250 000 000 d’emplois de bureau dans les prochaines années. Oui, l’histoire d’Amelia, c’est l’histoire d’une nouvelle révolution industrielle qui pourrait amener au remplacement de 94% des comptables ou encore 94% des assistants juridiques.

Si l’AEDH se pose des questions, c’est aussi parce que les prédictions nous invitent à nous interroger sur le futur du travail. Des chercheurs à l’Université d’Oxford, Frey et Osborne ont estimé en 2013 que 47% des emplois seront menacés[2]. L’OCDE estime que cette révolution va détruire 9% des emplois[3]. Entre ces deux chiffres, laissons Daron Açemoglu, professeur au MIT arbitrer. Son témoignage est d’autant plus intéressant qu’au premier abord, ce professeur d’une des plus prestigieuses universités américaines ne voyait aucun problème à cette révolution en marche : il déclarait en 2012 que « parfois les progrès technologiques conduisent à remplacer les ouvriers par des machines, et quand cela arrive, des ouvriers perdent leurs emplois et cela pèse sur le marché du travail mais au final cela est bénéfique pour les travailleurs et la société ». Depuis, il a toutefois largement révisé son jugement. En s’appuyant sur des données chiffrées, il estime que des millions d’emplois ne seront pas supprimés mais que la robotisation aura des conséquences directes et indirectes. Le professeur estime que les nouveaux emplois créés ne compenseront pas ceux détruits. Il s’agit alors de l’effet direct sur le marché de l’emploi. L’effet indirect est que ces nouveaux demandeurs d’emplois vont exercer une pression sur le marché de l’emploi, entrainant une baisse des salaires du fait de la mise en concurrence entre demandeurs[4].

Edwin Van Bommel, développeur de l’équipe cognitive d’Amelia, celui qu’on pourrait assimiler à son professeur principal fait preuve d’un cynisme glaçant quand il parle de son innovation. S’il admet qu’Amelia va détruire des emplois, il estime que cela n’est pas son problème. Mais le problème n’est-il pas que tout le monde dise « ce n’est pas mon problème ? ». 

En tout cas, c’est le problème de l’AEDH. Il ne s’agit pas de dire que nous sommes face à la fin du travail. Les révolutions industrielles précédentes ont montré que l’Homme trouve toujours des ressources permettant la création de nouvelles activités. Mais l’AEDH veut s’interroger sur les défis posés par l’histoire d’Amelia. Car cette révolution nécessite un travail prospectif et analytique profond et sérieux afin de répondre à ses enjeux. Essayons d’aborder quelques points.

Tout d’abord, il semble évident qu’il faudra adapter le travail à la nouvelle structure économique. Il s’agira de former les plus jeunes aux nouveaux métiers de demain. L’agenda européen est plutôt en phase avec ce défi. Gageons que celui-ci aboutisse sur des résultats concrets. Mais il sera nécessaire de protéger et de reformer les personnes victimes de cette nouvelle révolution. A ce titre, l’AEDH espère que le socle européen des droits sociaux sera un outil central permettant la protection et la réinsertion de ces personnes dans le monde du travail. L’AEDH estime que cette révolution doit être profondément inclusive et permette à chacun de s’intégrer dans cette nouvelle société.

Cette révolution invite à se pencher sur la nature de celle-ci. Un agenda digital est maintenant au cœur des politiques européennes en témoigne les derniers programmes des présidences tournantes du Conseil estonienne et bulgare. Toutefois, l’AEDH souhaite que cet agenda ne vise pas simplement la compétitivité des entreprises mais assure une vision globale en intégrant dans son agenda digitale les questions certes économiques mais aussi sociales et culturelles. Plusieurs exemples :

– La digitalisation a permis le développement de ce qui est communément appelé, l’économie de plateforme. Toutefois, cette économie présente un certains nombres d’enjeux notamment sociaux. Lorsque les travailleurs de ces plateformes sont confrontés à un problème informatique ou encore à la maladie, ils ne sont absolument pas protégés et cela en raison d’un statut flou entre l’indépendant et le salarié que les politiques publiques n’ont su anticiper et qui peine aujourd’hui encore à trouver des solutions à ces challenges. Une des solutions seraient de faire payer à la plateforme la sécurité sociale du pays dans lequel ses travailleurs opèrent. Mais encore une fois, il sera nécessaire de trancher la question de savoir si la personne travaillant pour une plateforme est un indépendant ou un salarié.

– La réduction du temps de travail pourrait être une solution apportée. L’être humain n’étant plus autant demandé et nécessaire sur le lieu même, son temps de travail serait réduit et ce dernier pourrait alors se consacrer à d’autres activités.

– Une taxe sur les robots pourrait être mise en place. Cette taxe n’est pas une idée complétement folle puisqu’elle a d’ailleurs été appelée de ses vœux par Bill Gates en personne. Ce dernier déclarait que « si un travailleur produit, disons une richesse de 50.000 euros dans son usine. Ce revenu est taxé. Si une machine vient et fait la même chose, on pourrait penser que nous imposerions le robot à un niveau similaire »[5].

L’histoire d’Amelia est en réalité une histoire qui reste à écrire. Elle peut être une révolution qui va laisser de côté des millions de personnes. Elle est peut-être l’histoire qui va transformer profondément nos sociétés et le rapport au travail de l’Homme. Mais toutes les belles histoires ont par définition une belle fin. Alors l’AEDH souhaite que l’Union européenne écrive de belles pages évoquant, progrès technique, scientifique, économique, social et culturel.

[1] Sur la chaine France 2, un reportage lors de l’émission Envoyé Spécial a été diffusé sur la robotisation et les intelligences artificielles.

[2] FREY, Carl Benedikt, OSBORNE, Michael.A, “The future of employement: how susceptible are the jobs to computerisation” , Oxford, 2013.

[3] Arntz, M., T. Gregory and U. Zierahn, “The Risk of Automation for Jobs in OECD Countries: A Comparative Analysis”, 2016, OECD Social, Employment and Migration Working Papers, No. 189, OECD Publishing, Paris.

[4] Note 1.

[5] Les Echos, « Taxer les robots : Bill Gates sur la même longueur d’onde que Benoît Hamon », 2017, disponible sur : https://www.lesechos.fr/20/02/2017/lesechos.fr/0211812657038_taxer-les-robots—bill-gates-sur-la-meme-longueur-d-onde-que-benoit-hamon.htm

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