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Algérie : L’impossible élection

En février dernier a démarré ce que d’aucuns nomment la révolution algérienne. Indigné par la volonté du président Bouteflika de se présenter à un cinquième mandat, le peuple algérien s’est emparé de la rue et la protestation n’a depuis pas faibli.

Pour nous aider à mieux comprendre la situation, l’Institut de Recherche et d’Etudes Méditerranée Moyen Orient (iReMMO) a organisé, le 12 juin 2019, une rencontre avec quatre figures intellectuelles algériennes au sein de ses locaux. Au cours de cette rencontre, Farida Souiah, Akram Belkaïd, Nadji Safir et Farid Alilat nous ont donné plusieurs éléments d’explication.

Alilat, journaliste à Jeune Afrique, ouvre la rencontre avec un mot clef : « incertitude ». En effet, malgré la disparition du système Bouteflika, personne ne peut aujourd’hui affirmer avec certitude quelle sera l’issu de ce soulèvement. Face à un pouvoir dont les rouages sont teintés d’opacité, il semblerait qu’il puisse aussi bien aboutir à une transition démocratique complète qu’à un essoufflement du mouvement populaire. C’est en tout cas ce que défendent ces intervenants, et notamment A. Belkaïd, journaliste au Monde diplomatique et auteur de L’Algérie en 100 questions. Un Pays empêché.

Pourtant, et comme l’explique très bien F. Souiah, les protestataires sont exigeants et dotés d’une grande maturité politique. Loin d’avoir fait l’erreur de confondre élections et démocratie, les algériens, et notamment les jeunes, maintiennent une pression constante sur le nouveau pouvoir, incarné par le chef d’état-major Ahmed Gaïd Salah. Après le départ du président Bouteflika, les manifestants réclament désormais une remise en cause des lois « scélérates », notamment le code de la famille, les outils d’emprisonnement arbitraires, ou encore les sources de discrimination entre hommes et femmes. Ces dernières occupent en effet un rôle crucial dans la protestation. Aujourd’hui, près de deux tiers des étudiants, au cœur de la protestation, sont des étudiantes, rompant ainsi avec les perceptions parfois caricaturales qui peuvent être véhiculées sur ce pays.

Et l’Europe dans tout ça ?
Comme une illustration parfaite du Droit des peuples à disposer d’eux-mêmes, les algériens rejettent l’idée d’une quelconque intervention étrangère dans la transition démocratique. D’ailleurs, le soutien du président Macron à la possibilité d’un quatrième mandat prolongé, il y a quelques mois de cela, a été très mal reçu par les protestataires. Cela devrait peut-être nous mettre la puce à l’oreille ; l’Union Européenne et ses membres n’ont pour l’instant qu’une chose à faire, manifester leur soutien en faveur de plus de Droits fondamentaux, en Algérie et partout ailleurs.

 

Nicolas P. Chargé de mission AEDH

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