Un très léger fléchissement de la demande d’asile en 2016

Le 16 mars 2017, Eurostat a publié le recensement des demandes d’asile déposées dans les États membres de l’Union européenne (UE) au cours de l’année 2016.

 

Comme le montre clairement le graphique ci-dessus, le nombre de primo-demandeurs d’asile (1 203 000) se situe en très léger repli par rapport à 2015 (1 257 000) mais toujours à un niveau deux fois plus élevé qu’en 2014 (562 000).

Il faut toutefois préciser que ce chiffre tient moins aux flux d’arrivées sur le territoire – en nette diminution depuis septembre 2016[1] – qu’au stock très important de dossiers en instance, les administrations nationales peinant à suivre le rythme. Fin 2015, 1 002 400 dossiers étaient encore en attente ; ils ont donc été progressivement traités en 2016[2]. Le même phénomène devrait se reproduire en 2017 puisque, fin 2016, ce stock s’élevait à 1 094 100.  

Il faut également remarquer que, pour la première fois depuis 2008, la demande d’asile enregistrée dans l’UE diminue (légèrement) par rapport à l’année précédente. Cela sera sans aucun doute considéré par les institutions européennes comme un témoignage encourageant de l’efficacité des politiques menées en matière de contrôle aux frontières et des effets positifs de l’accord UE-Turquie.

  • D’où viennent ces personnes en recherche de protection internationale ?

Dans sa composition, l’origine de cette demande de protection internationale est, elle aussi, comparable à celle de l’année dernière. Les Syriens (334 800 soit 28% du total), les Afghans (183 000 soit 15%) et les Irakiens (127 000 soit 11%) demeurent les trois nationalités les plus représentées. Ainsi, plus de la moitié des demandes d’asile (54%) ont été déposées par des personnes fuyant la guerre et les conflits, les Syriens étant majoritaires dans 13 États membres sur 28.

Des données récemment publiées par l’EASO font néanmoins état d’une diminution importante du nombre de demandeurs d’asile irakiens. En janvier 2017, ils se sont trouvés précédés à la troisième place par les Nigérians[3]. Une diminution comparable est également observée pour les Afghans. 

  • Quels sont les pays d’accueil des demandeurs d’asile  ?

Sans grande surprise, comme l’année dernière, 60% des demandes ont été introduites en Allemagne. C’est aussi dans ce pays que la proportion de primo-demandeurs par rapport au nombre d’habitant est le plus élevé (8 789/million d’habitants). Pour le volume d’accueil, l’Italie et la France arrivent en deuxième et troisième positions, avec respectivement 10,1% (soit 121 185) et 6.3% (soit 75 990) des requêtes enregistrées sur l’ensemble du territoire de l’UE. En revanche, ces chiffres rapportés à leur population nationale (respectivement 1 138/M°H** et 1 998/M°H) sont très inférieurs à ceux de pays de moindre dimension comme l’Autriche (4 587/M°H), sans parler de tous petits pays comme Malte (3 989/M°H), Chypre (3 350/M°H) ou le Luxembourg (3 582/M°H).

La Grèce, quant à elle, a enregistré 339% de demandes de plus qu’en 2015. Cette augmentation spectaculaire s’est retrouvée dans l’entassement des migrants dans les hotspots des îles grecques en raison de la mise en œuvre de l’accord UE-Turquie et de l’obligation de présenter une demande d’asile pour espérer être relocalisé. Mais c’est aussi et largement le résultat de la fermeture des routes des Balkans occidentaux empêchant les migrants de partir vers d’autres États membres[4].  

Les deux solutions pour alléger la charge de ce pays, à savoir la relocalisation des réfugiés vers d’autres États membres et l’accroissement de la capacité grecque à traiter les demandes d’asile, peinent à trouver un rythme suffisant. Là aussi, « la gestion du stock »[5] pèse sur l’administration du pays … et plus encore sur les conditions de vie des demandeurs d’asile !

  • Combien de demandes d’asile ayant abouti à la délivrance d’un statut protecteur ?

Les statistiques publiées sur le site d’Eurostat en mars 2017 recensent le nombre de décisions positives pour 2016 en première instance[6]. Les États membres ont accordé une protection à 673 065 personnes, soit environ 61% des demandes examinées : 366 320 au titre du statut de réfugié (soit environ 54% de toutes les décisions positives), 258 430 sous la forme de la protection subsidiaire (38%) et 48 315 ont obtenu une autorisation de séjour pour raisons humanitaires (7%).  

Source : EASO, Latest Asylum Trends – Overview 2016

Le taux de reconnaissance demeure très inégal en fonction de la nationalité des demandeurs. Ainsi, selon les chiffres de l’EASO[7], en 2016, les 28 États membres ont octroyé une protection à 98% des Syriens, à 92% des Érythréens et à 61% des Irakiens. En revanche, les ressortissants des Balkans occidentaux sont confrontés à une appréciation beaucoup plus restrictive, avec respectivement 1% et 3% de décisions positives pour les demandeurs d’asile serbes et albanais.

Il faut préciser que les données actuellement disponibles ne sont que globales. Dans les semaines à venir, elles seront connues par État membre et permettront de mesurer les écarts des taux de reconnaissance du besoin de protection internationale des ressortissants de certains pays, selon l’État ayant traité sa demande.

Pour aller plus loin :

- Eurostat, « Demandes d’asile dans les États membres de l’UE : 1.2 million primo-demandeurs d’asile enregistrée en 2016. Syriens, Afghans et Irakiens demeurent les principaux demandeurs », 16 mars 2017 [FR] [ENG]

- EASO, Latest Asylum Trends – Overview 2016 [ENG]

- EASO, Latest Asylum Trends – January 2017 [ENG]



[1] Frontex estime qu’il y a eu 364 000 arrivées par la mer en 2016, soit une diminution des deux-tiers par rapport à 2015. In Fewer migrants at EU borders in 2016 ; 6 janvier 2017

http://frontex.europa.eu/news/fewer-migrants-at-eu-borders-in-2016-HWnC1J

[2] Étant précisé qu’il s’agit de « primo-demandeurs ». Selon l’EASO, les demandes de réexamen ne concernent que 4% des dossiers.

[3] EASO, Latest Asylum Trends – January 2017 [ENG]

**/ M°H = par million d’habitants

[4] Voir, pour mémoire, l’article publié par l’AEDH il y a près d’un an  : « Le chaos en Grèce, syndrome des politiques de l’UE  », 28 avril 2016

[5] Selon Eurostat, il y avait 40 015 personnes dont le dossier était en instance fin décembre 2016. Ce stock n’a jamais été inférieur à 25 000 tout au long de l’année et a même eu tendance à croître sur les derniers mois. Voir : « Personnes faisant l’objet de demandes d’asile en instance à la fin du mois - données mensuelles » (dernière mise à jour : 15.03.2017)

[6] Les décisions de première instance peuvent être contestées en appel. Elles ne sont donc pas définitives. 

[7] EASO, Latest Asylum Trends – Overview 2016 [ENG]

 

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