Le processus de Khartoum, nouvelle étape du dialogue Euro-africain

Fin novembre, dans la continuité du processus de Rabat (2006), s’est tenue, à Rome, une conférence réunissant les ministres des 28 États membres de l’UE et de plusieurs pays africains (Djibouti, Egypte, Erythrée, Ethiopie, Kenya, Somalie, Soudan, Soudan du Sud et Tunisie), ainsi que des représentants de l’Union européenne et de l’Union africaine. A l’issue de cette réunion, ils ont adopté une déclaration visant à lancer l’ « initiative sur la route migratoire UE-Corne de l’Afrique ».

L’objectif est de donner un nouvel élan à une coopération inter-régionale entre les pays d’origine, de transit et de destination des migrants, visant particulièrement la route entre la Corne de l’Afrique et l’UE. Il s’agit notamment :

  • De mettre en place une coopération entre les pays d’origine, de transit et de destination afin de lutter contre l’immigration irrégulière et contre les filières criminelles, notamment par le biais d’initiatives en matière d’assistance technique, de formations et d’échange d’informations et de bonnes pratiques.
  • De coopérer avec les pays de la région qui le demandent afin de renforcer leurs capacités en matière de gestion de la migration.
  • D’assister les pays dans la mise en place de mesures de prévention, qui pourront par exemple consister en des campagnes d’information visant à informer sur les risques qu’impliquent la migration irrégulière (trafic d’êtres humains, passeurs).
  • De renforcer la coordination entre tous les services concernés afin de lutter contre la traite des êtres humains et le trafic de migrants. • D’identifier et de poursuivre en justice les filières criminelles.
  • De mettre en place des cadres juridiques en matière pénale ou de renforcer les cadres existants et d’encourager la ratification et la mise en œuvre de deux protocoles additionnels à la Convention des Nations Unies contre la criminalité transnationale : le Protocole contre le trafic illicite de migrants par terre, mer et air et le Protocole visant à prévenir, réprimer et punir la traite des personnes, en particulier des femmes et des enfants.
  • D’apporter un soutien aux victimes du trafic d’êtres humains et de protéger les droits des migrants ayant fait appel aux réseaux de passeurs.
  • De favoriser un développement durable dans les pays d’origine et de transit afin de s’attaquer aux causes de la migration irrégulière.
  • D’assister les États qui le demandent pour la mise en place et la gestion de centres d’accueil, pour garantir l’accès aux procédures d’asile et pour conseiller les personnes migrantes.
  • De développer un cadre régional pour faciliter le retour – y compris volontaire - et la réintégration des migrants dans leur pays d’origine.

L’AEDH observe la continuité avec laquelle l’UE, toute obnubilée par la protection de ses frontières, entend faire appel à la contribution des pays tiers pour ce faire ! Le processus de Khartoum marque, en effet, un nouveau crescendo dans la politique d’externalisation de la gestion des flux migratoires puisque, en dépit des déclarations d’intention sur le respect des droits fondamentaux des migrants ainsi concernés, il s’agit bien d’aménager les conditions matérielles pour éviter qu’ils ne s’approchent de l’Europe, notamment par l’organisation de centres de traitement des demandes d’asile. Il s’agit aussi de faciliter le retour des « indésirables ».

Notre association est particulièrement choquée par le fait que ce partenariat inclut des pays dont la notoriété n’est plus à faire au palmarès des atteintes aux libertés, de la violation des droits fondamentaux et de la violence à l’égard des populations. Certains d’entre eux figurent en tête des pays d’origine des demandeurs d’asile et, comme l’a rappelé Filippo Miraglia dans Il Manifesto, leur situation est telle que les États membres leur accordent largement la protection internationale. Encore faudrait-il qu’il leur soit toujours possible d’atteindre l’UE !!!

Lire la déclaration de la conférence ministérielle du processus de Khartoum (28 novembre 2014, Rome)

Pour en savoir plus, lire la tribune de Filippo Miraglia, vice-président de l’association ARCI, organisation italienne membre de l’AEDH : italien (tribune publiée dans Il Manifiesto le 3 décembre 2014) ; français (traduction publiée sur le blog Dormira jamais).

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