L’APDHA et l’AEDH exigent que le Parlement Européen s’engage pour mettre fin aux violations des droits des femmes porteuses de marchandises à Ceuta

 

  • La situation est insoutenable et s’aggrave depuis l’ouverture du nouveau passage frontalier

  •  Quatre femmes ont déjà été tué par écrasement et de multiples accidents et blessés ont eu lieu

 

Bruxelles, le 19 juin 2017 - L’association de Défense des Droits de l’Homme en Andalousie (APDHA) et l’Association Européenne pour la Défense des Droits de l’homme (AEDH) présentent le 20 juin devant le Parlement Européen leur rapport sur les violations des droits de l’homme dont souffrent les femmes travaillant en tant que porteuses de marchandises à la frontière de Ceuta. Elles exigent du Parlement européen qu’il s’implique et empêche cette situation de perdurer. Elles se réuniront avec la Commission Européenne, les commissions des Libertés Civiles, de Justice et Affaires Intérieures (LIBE) et des Droits de l’Homme (DROI) du Parlement Européen et des eurodéputés espagnols. 

Les deux associations ont pris cette initiative après avoir présenté leur rapport dans plusieurs pays -Espagne, Maroc, Allemagne- et ont réclamé au mois de mai dernier des moyens concrets auprès des groupes parlementaires du Congrès des députés à Madrid, pour mettre fin à la violation systématique et continue des droits de ces femmes porteuses de marchandises.

Porteur est une activité non régularisée qui consiste à transférer des ballots/paquets, en tant que bagage à main, depuis la zone du Tarajal de Ceuta jusqu’aux localités marocaines proches de la frontière, en échange d’une commission. La majorité des plus de 9.000 personnes réalisant cette activité sont des femmes, qui subviennent aux besoins de leurs familles grâce à ce travail.

Dans le déroulement de cette activité, ces femmes se voient quotidiennement soumises à des humiliations, des abus, des traitements dégradants et à des harcèlements sexuels (pour les plus jeunes) par les force de police de part et d’autre de la frontière, selon les dénonciations de ces dîtes femmes. Tout ceci est détaillé dans le rapport réalisé par l’ADHA en novembre 2016, « Respect et dignité pour les femmes marocaines transportant des marchandises à la frontière entre le Maroc et Ceuta », élaboré dans le cadre de la campagne : « Les femmes porteuses : l’injustice sur le dos ».

“L’ampleur de la maltraitance et du manque de respect des droits de l’homme de ces personnes est indescriptible”, elles portent entre 60 et 90 kilos de charges sur leurs dos pendant plusieurs heures. Selon les dénonciations que nous avons recueillis auprès de ces femmes, tout au long de leur parcours elles sont insultées, harcelées et méprisées, obligées de se maintenir en rang, et frappées si elles le refusent, tout cela pour moins de 10 euros en moyenne par jour, assure l’organisation.

La APDHA et l’AEDH dénoncent que la gestion du commerce atypique de la frontière de Ceuta est très insuffisante. Les agglomérations et les avalanches se produisent continument et ont provoqué depuis 2009 la mort de quatre femmes par écrasement (Bushra et Zhora en 2009, Suad el Jatabi et Batul el Hichu en 2017), et d’incontestables blessées « sans que ceci n’ait amené une quelconque amélioration du respect des droits de l’homme de ces personnes » critiquent l’APDHA et l’AEDH.

Au contraire dénoncent-ils, la situation s’est empirée depuis l’ouverture du nouveau passage frontalier du Tarajal II le 27 février dernier. L’augmentation du nombre de personnes se consacrant à cette activité met en évidence l’absence d’amélioration effective en matière de sécurité humaine et du respect des droits de la personne circulant par cette frontière. 

Le rapport de l’organisation explique également que pendant l’été, ces femmes attentent fréquemment plusieurs heures au soleil sur la plage du Tarajal, sans accès à de l’eau potable ou à des toilettes publiques, sans ombre qui les protègerait de l’intense chaleur.

« C’est lamentable que cette situation se perpétue année après année sous le regard impassible des gouvernements de Ceuta, du Maroc et de l’Union Européenne » critiquent la APDHA et l’AEDH. Les bénéfices sont nombreux, « près de la moitié des exportations sortent de Ceuta sur le dos de ces femmes porteuses ». Une activité atypique qui se chiffre en « plus de 400 millions d’euros » selon une étude de l’Université de Grenade, titrée « Etude sur le régime économique et fiscal de Ceuta ». « Ces bénéfices sont à la base de la violation des droits de ces femmes qui nécessitent d’un travail afin de nourrir leurs familles » dénoncent les deux organisations.

Pour l’Association de Défense des Droits de l’Homme en Andalousie et l’Association Européenne pour la Défense des droits de l’homme les questions de souveraineté, économiques et stratégiques ne peuvent être la priorité face au respect des droits de l’homme de l’homme, c’est pour cela qu’ils implorent le Parlement Européen, avec la participation de femmes porteuses, de mettre en place des mesures garantissant le respect à la dignité et l’intégrité physique des personnes qui exercent le passage de ces marchandises à la frontière sud de l’Europe. 

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