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Interview de Pierre Barge sur la situation des femmes, par Opinion Internationale - 13 mars 2012
A l’occasion de la Journée internationale de la femme, l’AEDH a publié un communiqué de presse sur l’égalité des genres dans l’Union européenne.
Opinion Internationale a voulu en savoir plus et a posé 3 questions à Pierre Barge, président de l’Association.
Dans un récent communiqué, l’Association européenne pour la défense des droits de l’Homme déplore la persistance des inégalités de genres en Europe et leur remise en cause dans le contexte actuel de crise économique. Comment celle-ci affecte-t-elle concrètement la situation des femmes et les inégalités de genres ?
Les répercussions de la crise financière, économique et sociale sont particulièrement préjudiciables pour les femmes. On assiste à une féminisation de la pauvreté et le taux d’emploi à temps partiel est environ 4 fois plus élevé chez les femmes.
D’autre part elles sont moins couvertes par les systèmes de protection sociale, notamment parce qu’elles ont des carrières interrompues notamment pour raison de maternité. En France par exemple, la réforme des retraites pénalise lourdement les femmes, leur laissant peu de droits à recevoir des pensions leur permettant de vivre dignement et les obligeant à partir plus tard à la retraite.
Les atteintes lancées contre le service public dans l’UE ont un impact négatif sur les femmes. Celles-ci constituent deux tiers des actifs dans les secteurs de l’éducation, de la santé et de l’aide sociale. Les restrictions budgétaires du secteur public risquent donc d’augmenter le chômage féminin. Les femmes ont aussi tendance à être les principales bénéficiaires des dépenses de l’Etat : garde d’enfants, prise en charge des personnes dépendantes, logement, éducation et santé, plus particulièrement la santé sexuelle et reproductive. Elles subiront donc davantage les conséquences des réductions dans les dépenses publiques.
La crise affecte aussi très concrètement la lutte de la société civile contre les inégalités de genre, car les fonds soutenant des initiatives et projets en faveur de l’égalité hommes-femmes sont en diminution.
Pourriez-vous revenir sur les remises en cause actuelles des droits à la maîtrise de la fécondité ? Dans quels pays ont-elles lieu ?
Dans toute l’Europe la montée de l’extrême-droite banalise l’idée que l’on peut retirer aux femmes, sinon la contraception, du moins le droit à l’avortement. Des organisations confessionnelles sous le prétexte de politiques « familiales harmonieuses » préconisent la reconnaissance de la vie dès la procréation. D’ailleurs, tous les pays européens ne reconnaissent pas encore l’avortement : Malte reste le dernier pays de l’Union européenne à l’interdire complètement. Par ailleurs, ce droit est fortement restreint dans plusieurs pays de l’UE : en Irlande il n’est autorisé que lorsque la vie de la mère est en danger, en Espagne, en Pologne, à Chypre et au Portugal, la femme n’est autorisée à avorter qu’en cas de viol ou pour des raisons de santé.
C’est pourquoi l’AEDH approuve les arrêts rendus par la Cour européenne des droits de l’Homme (CEDH) pour protéger le droit à l’avortement. L’Irlande a ainsi été condamnée en décembre 2010 pour avoir refusé à une femme le droit d’avorter malgré les risques pour sa santé. En mai 2011, la Pologne a subi le même sort pour n’avoir pas permis à une femme d’avorter malgré les risques de malformation décelés avant la naissance de son bébé.
La nouvelle Constitution hongroise menace le droit à l’avortement, en précisant que la dignité humaine est inviolable et que le fœtus doit être protégé dès sa conception. L’AEDH s’inquiète vivement de ce retour en arrière et condamne l’inscription de l’interdiction de l’avortement dans une Constitution nationale. Depuis décembre 2011, Malte reconnaît la conception comme le début de la vie.
En France, le droit à l’avortement est menacé par les restrictions budgétaires qui entraînent un recul du service public : il y a moins de postes dans les hôpitaux. Ces dernières années, une centaine de centres d’interruption volontaire de grossesse (IVG) et de nombreuses petites maternités ont fermé et les délais pour obtenir des rendez-vous dans les établissements sont très longs. De plus, les politiques sont souvent incohérentes. Par exemple l’AEDH déplore que dans certains pays la pilule contraceptive puisse, par exemple, rester à la charge de la femme, alors que l’IVG est remboursée par la sécurité sociale.
Quelles sont les limites du programme Daphné de lutte contre les violences faites aux enfants et aux femmes, évoquées dans le communiqué ?
Le programme Daphné, mis en place en 2000 en est aujourd’hui à la version Daphné III, 2009-2013. Il va être intégré, avec d’autres actions, dans le nouveau programme « Droits fondamentaux et citoyenneté » d’ici 2014. Daphné doit beaucoup aux efforts de la Commission parlementaire sur l’égalité de genre, mais il passera en 2014 sous la compétence de la Commission parlementaire sur les libertés civiles et les affaires intérieures.
Cette réforme implique également un risque de dilution de fonds entraînant une diminution budgétaire.
Nous considérons que la Commission européenne devrait suivre les recommandations et propositions du Parlement européen, très mobilisé sur cette question. Les membres de la Commission parlementaire sur l’égalité de genre et les droits des femmes ont toujours pointé le besoin de nouvelles mesures législatives européennes pour contrer les violences faites aux femmes, notamment en ciblant la déconstruction des stéréotypes dans les écoles et la promotion de l’égalité homme-femme.
Ainsi le 5 avril 2011, le Parlement européen a adopté une résolution appelant à la mise en place d’une directive contre la violence faite aux femmes. Malheureusement cette demande n’a toujours pas reçu de réponse concrète de la Commission. Le 2 février 2012, le Parlement a adopté une résolution soulignant les faiblesses européennes en matière de lutte contre les violences faites aux femmes et insistant sur le maintien de l’enveloppe budgétaire.
Retrouvez l’interview sur le site internet d’Opinion Internationale.
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