25 novembre : pour l’élimination de la violence à l’égard des femmes, une journée internationale toujours aussi nécessaire

Télécharger ce document

A la veille de la Journée internationale pour l’élimination de la violence à l’égard des femmes, l’Association européenne pour la défense des droits de l’Homme (AEDH) enjoint la Commission européenne à intensifier ses efforts avec l’objectif de l’élimination des discriminations et des inégalités entre hommes et femmes. Les violences qu’elles subissent trouvent leurs racines dans leur dépendance économique et dans l’exercice d’un pouvoir qui reste très fortement exercé par les hommes. Permettre aux filles et aux femmes d’être maîtresses de leur destin devrait rendre plus difficile les actes de violence à leur encontre.

Selon Eurostat, près de 215 000 crimes sexuels violents ont été enregistrés par la police dans l’Union européenne en 2015. Un tiers d’entre eux, soit environ 80 000, sont des viols. Sur 10 personnes victimes de viol, les femmes et les filles en représentent plus de 9. Dans le cas d’agressions sexuelles, elles représentent plus de 8 victimes sur 10. Par ailleurs, une femme sur trois a vécu des actes de violences physiques et/ou sexuelles depuis l’âge de 15 ans. 75% des femmesont été victimes de harcèlement sexuel sur leur lieu de travail ou dans le cadre de leurs fonctions de direction. Une femme sur 10 a été harcelée sexuellement ou victime de traque furtive en ligne. Concrètement, ces trois données représentent respectivement près de 55 539 200, de 124 963 200 et 16 661 700 femmes.

Une situation insupportable à laquelle les mouvements récents sur les réseaux sociaux comme #Metoo, #Balancetonporc ou #QuellaVoltaChe ont permis de libérer la parole des victimes de violences sexuelles et de révéler l’étendue du problème. Et c’est aux cours judiciaires qu’il appartient de donner les suites aux plaintes qui auront pu être déposées contre les auteurs de ces violences. Mais dans ce combat contre les violences, les sociétés ne doivent pas oublier que la grande majorité des femmes et des filles victimes de violences sexuelles ne portent pas plainte et ne veulent même pas en parler à des proches ou à des ami-e-s. La honte, la solitude, les éventuelles représailles, la peur de ne pas être comprise ou entendue sont autant de raisons pouvant expliquer ce silence. Dans de nombreux cas, les faits sont tus en raison de la relation de pouvoir et de dépendance existant entre agresseur et victime : époux, compagnon, chef de service ou patron… Lorsque l’agresseur est maître du destin social, familial, professionnel ou académique de sa victime, vers qui peut-elle se retourner sans risquer de tout perdre ?

Comme le disait Françoise Héritier, il est essentiel « que la honte change de camp » ! Aucune action visant à réduire la violence fondée sur le genre ne peut être efficace sans une évolution des mentalités. Les dispositifs publics adoptés par plusieurs États membres manquent de clarté et sont d’autant plus compromis qu’on observe en général une diminution des moyens budgétaires alloués à la lutte contre les différentes formes de violence à l’égard des femmes.

L’AEDH souligne la nécessité d’une harmonisation des législations au sein de l’Union afin d’assurer des peines plus lourdes pour les crimes de genre et d’éliminer progressivement les discriminations faites aux femmes dans l’accès au marché de l’emploi. L’AEDH approuve le Parlement européen qui a appelé la Commission européenne à élaborer une stratégie globale de l’Union sur la lutte contre la violence à l’égard des femmes et la violence fondée sur le genre. Sa résolution du 12 septembre 2017 sur l’Adhésion de l’Union européenne à la convention du Conseil de l’Europe sur la prévention et la lutte contre la violence à l’égard des femmes et la violence domestique est un point d’appui fondamental car 11 États membres de l’UE n’ont pas encore ratifié la Convention d’Istanbul (Bulgarie, Croatie, République tchèque, Lituanie, Luxembourg, Grèce, Hongrie, Irlande, Lettonie Slovaquie et ... Royaume-Uni). L’AEDH et ses organisations nationales membres leurs rappelleront leurs responsabilités.

Puisque dans le cadre de la Journée internationale pour l’élimination de la violence à l’égard des femmes, les Nations Unies se concentrent cette année plus particulièrement sur le thème « Ne laisser personne de côté : mettre fin à la violence à l’égard des femmes et des filles » afin de soutenir les personnes les plus défavorisées et marginalisées, l’AEDH a souhaité consacrer un portfolio aux Porteadoras, ces femmes-mules qui transportent sur leur dos entre 60 kg et 90 kg de marchandises entre l’enclave espagnole de Ceuta et le Maroc et mettre ainsi en lumière les abus, violences, crimes et souffrances quotidiens sur ce territoire européen au statut particulier. L’AEDH et l’APDHA (Associacion Pro derechos humanos de Andalousia), son organisation membre en Andalousie, qui est à l’initiative de la révélation de cette violence singulière, ne peuvent accepter que l’UE continue à détourner les yeux d’une situation aussi dramatique.

Retour à la page précédente